Cuisine et dependances

CUISINE ET DEPENDANCES

Commedia

Di AGNES JAOUI JEAN PIERRE BACRI

PERSONAGGI

FRED

GEORGES

MARTINE

JACQUES

CHARLOTTE

Commedia formattata da

ACTE I

le decor, unique. reprsente une ansine. Une porte donne sur un coulotr qui mne au salon, une autre ouvre sur une sorte de terrasse. Lorsque la pice commence, unhomme esten tram de fumer sur cette. terrasse, e'est Georges. Unautres'afjairedanslacmsine, e'est Jacques, lls ont une quarantenne d'annes. Jacques est encombr de quelques verres, d'un seau ftlace, ou de ce qu 'on voudra, et nes'en sort pas,

JACQUES - Georges?... Tu es occup?...

GEORGES - Je fum.

JACQUES - Je vois bien que tu fumes, je ne te demande pas si tu fumes... Tu peux me donner un petit coup de main, s'il te pla? t ?... (Georges traverse le plateau, ouvre la porte Jacques qui n'avaitpas besoin de ca, puis rejoint la terrasse.) Merci... (Il se dbrouilie tout seni.) Tu m'as bien aid... (Jacques sort. Aprs un certain temps, il revient, toujours affair.) Tu vas d? ner dans la cuisine ?

GEORGES - Je prends l'air, je suis dehors... Je prends l'air...

JACQUES - Tu comptes passer la soire ici?

GEORGES - Quel mpris !! Deux heures de retard, et pour finir, un prtexte dbile, trouv la va vite, mme pas foutus d'inventer quelque cho.se de plausible, il n'y a que du mpris, l-dedans...

JACQUES - Jls se sont excuss, Georges, a arrive, d'tre coinc, en volture...

GEORGES - Qu'est-ce que capeutfoutre, cette excuse sur les embouteillages ? II dcouvre les embouteillages ? Ca fait quarante ans qu'il habite ici, il devrait tre prvenu, maintenant... Paris, il y a des embouteillages... (Un temps.) Non, tu comprenda, tre en retard, cafaitriche, etquand on est clbre cornine lui, n'en parlons pas, c'est une tradition, c'est quasiment obligatoire, on tarde, on tarde, et on apparait enf? n aux yeux du peuple !... AAAAH !... C'est le Monsieur de la tlevision... - (Un temps.) La belle affa? re, quel est le con qui ne passe pas la tlvision ? ...

JACQUES - Os se sont platement excuss, lui et elle, ca devrait te suff? re, et pu? s ce n'est pas deux heures, c'est peine une heure quinze...

GEORGES - Bon, disons une heure vingt-deux, par exemple... C'est toujours du retard, non ? Un temps.

JACQUES - C'est trs disproportionn, tout ca, Georges...

GEORGES - Pas du tout, pour moi, fa n'a rien de disproportionn, je me suis mme trouv coulant... (Jacques soupire.) Ne soupire pas comme si tu avais affaire un enfant... ou un malade... Tu sais trs bien que je suis plus cheval que toisur...

JACQUES - Tu es toujours cheval, tu passes ton temps cheval !... Descends !... Dtends-toi, souffl, un peu...

GEORGES - Je n'ai pas envie de descendre, figure-toi, je me sens trs bien cheval, je prfre tre cheva? qu' genoux...

JACQUES - Mais, Georges, il y a un monde !... un MONDE, entre les deux... Bon, jenevais pas discuter une heure, c'est moi qui suis impoli, maintenant... Georges repart terminer sa amarette sur la (errasse.

GEORGES - Oui, oui, voil... Ne laisse surtout pas refroidir, ce n'est pas ici l'vnement... C'est l-bas...

JACQUES - Tu es chiant !!... Quand tu t'y mets, tu es chiant, Georges, excuse-moi de te le dire... De toute facon, je le sentais, je l'ai dit Martine... Et elle n'avait pas besoin de moi, elle le sentait aussi... J'tais convaincu que tu ferais la gueule... Ou que tu trouverais quelque chose redire, et effectivement, tu me bousilles tout d'entre...

GEORGES - Ils arrivent avec deux heures de retard, et c'est moi qui te bousille tout d'entre ? ... C'est le monde Penvers !!... Et puis n'exagrons rien, il n'y apas de catas-trophe, je suis parti brutalement, bon... Ce n'est pas insurmontable, ils auront pens que j'ai simplement accuse le coup, c'est le fa? t de les revoir, c'est un...choc affectif, disons...

JACQUES - Un choc affectif?...

GEORGES : - (aprs unpetit temps) Est-ce que je suis arriv en retard, mo? ?

JACQUES - Tu habites ici, c'est plus facile... Et puis on n'attendait pas sous la pluie, on tait dans le salon, tranquillement, entre nous...

GEORGES - On tait mort de faim, et on a tourn en rond, voil ce qu'on a fait... Mora-lite, je me suis bourr de pistaches comme un con...

JACQUES - Manine aussi, d'ailleurs, vous vous tes compltement coup l'apptit, bon, je suis impoli, moi aussi, il faut que j'y aille ... (Puis sur le pas de la porte.) Et Charlotte ?... Tu n'es pas coment de la voir ?... Elle oui... Elle a d te trouver bizarre...

GEORGES - Elle a d me trouver bizarre, elle a d me trouver bizarre... Elle s'en remettra, moi aussi, l'pocjue, je l'avais trouve bizarre... et puis je m'en suis remis.

JACQUES - Oui, enfin je vois que tout ca est reste trs vivant, c'est bon signe... On va bouffer, on a quand mme encore faim, non ? Et puis on va un peu... allger, moi je crois qu'ii faut ddramatiser, non, tu ne crois pas, Georges?

GEORGES - Je fais ce que je peux, tu sa? s... Tei que tu me vois, je ddramatise dj beaucoup, ce n'est peut-tre pas trs spectaculaire, mais euh... Je prends normment sur moi...

Un temps.

JACQUES - Tiens, je vais prendre deux ou trois bires, ca fera le type qui s'tait absent pour aller chercher boire...

GEORGES - Moi, je vais fumer une autre petite cigarette, et j'arrive dans deux minutes, fa fera le type qui s'est convaincu tout seul.

Une jeunefemme arrive avec deux botiteiHes qu 'elle ne saitpas o poser,

CHARLOTTE - Tu te caches ?

GEORGES - Non... J'ai eu une sorte de bouffe de chaleur, il fallait tout prix que je respire...

CHARLOTTE - Et ca va mieux ?

GEORGES - Ca revient doucement.

CHARLOTTE - On n'a mme pas eu le temps de se dire bonjour, qu'est-ce qui s'est passe ? ... (Eliepose les bouteilleso ellepeut.) Je ne m'attendais pas du tout te voir ici... Jacques ne nous avait pas dit que tu serais l...

GEORGES - II a d me compter avec les meubles, j'habite ici, en ce moment... Je couche dans le salon, il me dpanne pour quelque temps...

CHARLOTTE - C'estgentildesapart...

GEORGES - Ou? ... oui... (Il sort une cigarette, et tend lepaquet.) Tu en veux une ?

CHARLOTTE - Non, merci, i'essaie d'arrter...(Un temps.) Tu cris toujours, d'aprs ce que j'ai vu ? ...

GEORGES - Ce que tu as vu ? ... Quand ?

CHARLOTTE - J'ai lu une nouvelle, une fois...

GEORGES - Ah oui... Alors j'cris toujours, dans ce cas-l... Et toi ? Ca marche bien ?

CHARLOTTE - Oui, c.a va... (e travaille trop, mais cava...

GEORGES - A h oui, ca c'est terrible, de travailler trop, moi je travaille trs peu, justement, cause de ca... (Un temps.) Et euh... Vous arrivez en retard tous vos rendez-vous ? Ou seuiement ceux qui ne sont pas importante ?...

CHARLOTTE - Pourquoi tu dis ca ?

GEORGES - Je me demandais...

CHARLOTTE - Cela n'a rien voir avec l'im-portance du rendez-vous, ca ne m'amuse jama? s,d'treenretard... Maisontaitcoin-cs, capeut arr? ver... On s'est excuss, jene sais pas quoi dire d'autre...

GEORGES - Non, non, c'est moi qui suis ran-cunier, j'ai beaucoup de mal, avec les gens en retard, ca me dtruit l'humeur, et je mets du temps me reconstituer... Tu sais, il y a certa? nes choses, cornine ca, qui te rendent plus sensible que d'autres...

CHARLOTTE - Et toi, c'est le retard, oui, oui, je comprends trs bien... Je suis dsole.

Elle pense que tout est d? t, et s'apprte sortir.

GEORGES - Je suis content de te revoir... (Un temps.) Tu es devenue euh... une... vraie femme...

CHARLOTTE - Oui... 11 fallait s'y attendre...

GEORGES - Et... qu'est-cequetuaspensdece que tu as lu ?

CHARLOTTE - C'est--dire ? ...

GEORGES - La nouvelle...

CHARLOTTE - Ah...

GEORGES - C'est juste pour savoir... Par curiosit.

CHARLOTTE - Trs bien... (Elle rfickit.) Si je me souviens bien, c'tait un peu... noir, non ?

GEORGES - Extrmement... Extrmement noir... J'cris ce que je vois. Un temps.

CHARLOTTE - C'est toujours aussi facile de parler avec toi.

Une autre femme jait son appantwn. C'est Mortine pein plus dge que Charlotte, mais sufjisamment

MARTINE - Ah ben voil, vous vous tes retrouvs, tous les deux... Ton mari est en train de raconter une histoire, tout le monde est pli en deux, l-bas... Au fait, bravo, Georges, tu t'es distingue, je te remercie, Jacques a t choqu par ton attitude, franchement, quelle facon de dire bonjour...

GEORGES - Je comptais justement aller m'ex-cuser, tantine... Je vais lui chanter une petite ballade, ou mme un pome de bienvenue, je suis sur qu'il y sera sensible.

II san.

MARTINE - II est fou... Il est pire qu'avant, tu sais, lui... Il ne se bonif? e pas...

CHARLOTTE - Ah bon ?.. Tu veux que je te donne un coup de main ?

MARTINE - coute, pour dire la vrit, je veux bien, eri genera) ce n'est pas mon genre, j'ai horreur de ca, mais l... Je suis tellement dborde, toutd'un coup, on nesavaitplus, on se faisait du souci, on finissait par se demander si vous alliez venir... Alors, vi-demment, on agrignotpour tuerle temps, tu sais, j'avais apport un enorme paquet de pistaches, je suis folle des pistaches, je pour-raisenmangerdeskilos... Jacques, qui nous faisait une guerre terrible, Arrtez, vous aJlez vous couper l'apptit ... Georges, que fan'amusaitpasdu tout, mais tu leconnais, Georges, iln'yapasgrand-chosequiramuse... Georges, c'est Georges... Je ne sais pas si tu te souviens, c'est quand mme un vrai Scorpion... C'est le Scorpion tout crach, Georges...

CHARLOTTE - Un vrai Scorpion... C'est--dire ?

MARTINE - Houuu, mais c'est le pire des signes, je viens encore de lire un enorme chapitre, l-dessus, c'est un signe pouvantable !!!... Moi je sais, par exemple, que je ne m'entends pas du tout aveclesScorpions... Tuesquoi, toi, djr...

CHARLOTTE - Malheureusement, je suis Scorpion...

MARTINE - Oh l l, oui, c'est vrai... Mais attention !! Attention, quel ascendant ?

CHARLOTTE - F,uh... Scorpion, je crois...

MARTINE - Ah !! Voil, tu m'as fait peur, ca s'an-nule !!... Le mme signe, comme ascendant, ca s'annule... Par exemple, Gmeaux-Gmeaux, ca ne fait pas quatre personnalits, tu comprends ? ... Enf? n, je ne sais pas exactement, de toute facon, je n'y connais pas grand-chose, maiseuh... J'y crois beaucoup... Un temps.

CHARLOTTE - Enf? n... Il faut reconna? tre que ce n'est jamais trs agrable, d'attendre... Seulement, tu sais ce que c'est, un coup de t? l, au dernier moment, qui dure, qui s'ternise, on n'arrive jamais raccrocher... Le tiphone, pour ca, c'est terrible, tu es sur le point de partir, et...

MARTINE - Ah, moi, je comprends trs bien, je suis une vraie drogue du tiphone, je ne sais pas ce que je ferais sans tiphone, il faut dire que c'est un moyen tellement gnial de communiquer...

CHARLOTTE - Oui, c'est indispensable, on ne peut pas dire le contraire, mais c'est enva-h? ssant, quoi...

MARTINE - Et ton mari, ca le rend fou, vi-demment ? ...

CHARLOTTE - Non, c'est lui qui tiphone, surtout...

MARTINE - Bien sur ! Mais bien sur, que je suis bte, avec le mtier qu'il fait, fa ne doit pas arrter, vous devez tre hyper sollicits...

CHARLOTTE - Voil... Hyper... (Un temps.) a fait drle de se revo? r... Vous n'avez telle-ment pas chang...

MARTINE - Toi, tu as chang, c'est fou...

CHARLOTTE - Oui, Georges me disait que j'tais devenue une vraie femme...

MARTINE - Voil, exactement, pour une fois que je suis d'accord avec lui... Mais fa fait combien de temps, une ternit, non ?,.. Qu'on ne s'estpas vues...

CHARLOTTE - Dix ans... Non '(...

MARTINE - Oh l l, mapauvre !!! Plus que fa, racme, tu ne te rends pas compte, c'tait en... Attends voir, je vais te le dire prcis-ment... C'tait... en 81 !...

CHARLOTTE - Dix ans, donc...

MARTINE - Eh oui... Alors tu imagines, c'est enorme... C'est une vie, quoi, une perite vie, on a le temps de faire un vrai bout de che-min ... C'est un cycle, moi je crois beaucoup aux cycles... Tu sais, dix ans... On dit que c'est un cycle...

CHARLOTTE - (essayantf? mlement departiciper) Ah bon ? ... Je croyais que c'tait sept ?...

MARTINE - Euh... Oui, c'est sept, mais tu sais que sept et trois : dix, et que trois, c'est un cycle, il y a plusieurs cycles, de toute faf on... CHARLOTTE : - (aprs un grand Mane) a a l'air bon, ce que tu nous as fait...

MARTINE - fai fait duhaddock... e me suis dit que c'tait plus originai que du saumon, c'est vrai, on fait toujours du saumon... Mais le haddock, c'est trs bon... C'est moins la mode, mais c'est trs goteux...

Charlotte regarde dans le gnlle-pain qui fum.

CHARLOTTE - a ne va pas tre trop grill, l ?

MARTINE - Non, il est excessivement long... Le matin, on attend toujours des heures, je le hais cet appare*}... Et to? 1

CHARLOTTE - Je ne le connais pas encore, mais c'est vrai qu'il a l'air unpeulent...

MARTINE - Qui";...

CHARLOTTE - Non, je plaisantais...

MARTINE - Ah oui, oui, oui... Et toi, comment fa va ?

CHARLOTTE - coute, c'est diff? cile dire en deux mots, mais disons que fa va corame je disais Georges, je travaille... beaucoup, mais fava... Et toi ?

MARTINE - Oh moi c'est trs embrouill, trs euh... oui, trs embrouill, enfin, on vit, quoi... Je crois que je vais devenir folle, je cherche l'ouvre-boites depuis tout l'heure, c'est incroyable, c'est Jacques, fa, il est inca-pable de remettre un objet sa piace...

Charlotte, a dispose le pain dans une assiette, puis :

CHARLOTTE - Je les emporte l-bas, en attendant ?

MARTINE - Oui, oui, s'il te plait, tu es gentille, tu leur disque j'arrive, hein?... Dis-leurque j'arrive, mais qu'il y a tout faire en meme temps, on ne peut pas aller plus vite que la musique, si tu veux bien leur dire... Et si tu peux demander Jacques ce qu'il a fait de cet ouvre-bo? tes...

CHARLOTTE - Je vais essayer de me souvenir de tout ca...

A ce moment, un tlphone sonne dans la cuisine.

MARTINE - Ou? ?. .. Nequittezpas... Charlotte!... Merde ! (Charlotte apparati.) Charlotte, tu peux demander mon frre de prendre dans le salon ?... C'est pour lui, des gens trs impolis...

CHARLOTTE - D'accord.

MARTINE - Merci, merci, Charlotte, c'est hyper sympa... (Puispour elle.) l? hut que jemechange, moi, j'ai Tair d'une femme de mnage, comme ca... Etpuiscalme-toi,calme,reprends-toi, ma petite Martine...

Sonfrre amve. C'est Fred.

FRED - Comment peuton s'habituer ce couloir qui n'en f? nit pas, c'est puisant, il y a vraiment de quoi gifler I'architecte... C'est qui?

MARTINE - Si tu crpis que je le sais...

Fredprend le tlphone.

FRED - Oui, all... Ah, tiens, bonjour, comment vous avez eu mon... Mais bien sur, je n'ai pasoubli... videmment, dette d'honneur, absolument, je partage compltement cette facon de... Justement je comptais passer ce soir... Nous sommes bien d'accord, tout l'heure... (Il raccroche.) Iis font chier, ils ne me lchent pas, ca fait deux fois, aujourd'hui, une fois chez moi, une fois ici, c'est oppres-sant, le climat devient trs lourd.

MARTINE - Qui ils ?

FRED - Ca ne te dira? t rien...Bon, Martine, malheureusement, l'heure n'est pas aux explications, c'est trs simple...

MARTINE - II te faut de l'argent...

FRED - Je ne te le fais pas dire : il me faut au moins cinq mille francs dans les minutes qui viennent, avec cinq mille, je les endors... Je les assoupis, disons... (Un temps.) Eh oui... Je me suis mis dans une sorte de merdier, si tu veux.

MARTINE - Je ne vois pas ce qu'il y ade chang. Tu seras toujours dans une sorte de merdier.

FRED - Ne sois pas si definitive, Martine, tu passes ton ternps dire toujours ou jamais, c'est tout ce que tu sais dire... On nepeutpasparler avec toi, tugnralises... C'est une erreur, je te l'ai dit mille fois, c'est pnible la fin...Ne condamne pas les gens d'avance ! On a plusieurs chances, on a vu des revirements bien plus spectaculaires... Un jour, c'est peut-tre moi qui te preterai de l'argent, et tu seras bien contente de me trouver ce moment-l...

MARTINE - Toi \? ... Tu vas me prter de l'argenti... Quand \...

FRED - ... C'est une fa^on de parler... Tu veux la date exacte ? ...

MARTINE - En tout cas, je ne te donne pas un sou... fa, tu peux en tre sur.

FRED - C'est un vrai bonheur, de pouvoir se reposer sur sa sceur...

MARTINE - Tu t'es dj beaucoup repos, on a t trop bons, Jacques et moi, et tu le sais... Lagentillesseades limites...

Un temps.

FRED - Trs sympathique, ce bonhomme, et trs spirituel, il m'a fait tomber avec son his-to? re... Histoire vraie, d'aprs ce qu'il dit, ah, ca fait plaisir de rencontrer une pointure de ce genre, on ne perd pas son temps, quoi, on sent qu'il a l'habitude, il manie la langue, c'est un professionnel... Et il gagne tre connu, je le vyais moins rigolo, la tle...

MARTINE - Mon pauvre ami !! videmment, qu'i? est rigolo , il est mme trs rigolo, quand on le connait, on sait qu'il n'a rien voir avec ce qu'il laisse paraTtre, surtout la tle... L'habit ne fait pas le moine, mon vieux.

Un temps.

FRED - Et toi, bien sur, tu le connais mieux que les autres ?

MARTINE - Tu ne crois pas si bien dire... De toute manire, ca ne te regarde pas.

FRED : - (croyant comprenda queique chose) Ah bon-bon-bon-bon-bon... Aah, jevois... Il y a anguille sous roche, corrane on dit... (Un petti tewps.) Et... fa date de quand, cette petite histoire '(

MARTINE - Laisse-moi tranquille !! Je te dis que fa ne te regarde pas !... De toute facon, ce n'est certainement pas avec toi que j'en parlerai,

FRED - Eh bien, voil queique chose de pas trs moral, par exemple...

MARTINE - Tu ne sais rien, et tu dis n'importe quoi, ne commence pas m'nerver, Fred...

Un temps.

FRED - Et il y aura? t moyen de lui taper cinq mille, toi qui le connais bien...

MARTINE - Ne sois pas ridicule, Fred, et lave-moi quelques verres, s'il te pla? t, je suis compl-tement dpasse, et en plus, il faut que je me change... Tout le monde s'en fout, de cette soire... part Jacques, qui est anxieux, mais qui ne fait rien... 11 est simplement anxieux. Elle, s'en va.

FRED - Et pourquoi tu te changerais ?

MARTINE - Parce que je me suis tache...

FRED - O ca, tache \

MARTINE - L... Enfm, enbas, partout, l... Elle part rapidement. Tlphone.

FRED - Oui... Ah ! Alors, qu'est-ce que tu attends j'ai l'air de quoi, moi ? ... videmment, qu'ils sont arrivs, ? ls n'avaient qu'une heure et demie de retard, eux... C^a fait trois fois que tu m'appelles pour me dire que tu arrives, alors arrive carrment, mainte-nant... Eh !... Tu as du liquide ?... Tu peux en tirer ?... Bon, ce n'est pas grave, tout de suite...

// raccroche au moment o Jacques arrive. l? est anxieux, camme prvu.

JACQUES - Qu'est-ce que tu fous ? O est Marfine ?

FRED - Ellesechange... Elles'est tache.,. Dis donc, Jacques, je suis compltement cerne...

JACQUES - Elle ne s'emmerdepas, tout le monde attend, c'est moche, c'est vraiment moche... En plus il a faim, fa fait au moins deux rflexions qu'il fait, sur la bouffe... Bon, il est trs drle, il est bien lev, mais il se fait comprendre... U faim, quoi... C'est norma!, moi aussi, j'ai faim, cette heure-l... Et Georges, qui piante l'ambiance, il fait chier, lui aussi, on peut se casser le cui taire plaisir auxgens... EtMarylin, c'estpareil, elle est o, ta... f? ance ?...

FRED - Elle vient d'appeler, elle arrive... Dis donc, Jacques, je me sens accul, tu n'aurais pas un peu de liquide sur toi, non ?

Georges entre avec un air abattu.

GEORGES - Donc, si j'ai bien compris, vous me laisseztoutseul, enplan, l-bas, aveceux?... Je ne sais pas quoi leur dire, moi, ca fait une heure que je me concentre pour essayer de trouver quelque chose raconter... Je suis parti avec beaucoup de bonne volont, je me suis mme souvenu de deux ou trois petites choses qui nous avaient tellement fait rire l'poque, mais part ca, rien... Je veux bien meubler, de toute facon, on passe savie meubler, ca ne me drange pas... Mais pour dire quoi, c'est un tranger, pour moi, je ne comprends mme pas ce qu'il dit... a commencait tre pnible pour tout le monde, ces longs silences laborieux...

FRED - Georges ! Une urgence... Est-ce que tu as du liquide, sur toi ?

GEORGES - Non, pas du tout, trs peu... Rien.

FRED - (pour lui) Je suis en trs mauvaise posture, ca commence sentir le caramel, cornine on dit...

GEORGES - Pourquoi ? ... Qu'est-ce qui se passe ?

FRED - j'ai jou sur parole...

GEORGES - Ah bon...

FRED - Je n'avais pas d'argent sur moi, et j'ai perdu... Ils l'ont trs mal pris, et c'est normal, c'est quelque chose qui ne se fait pas... Tu comprends, on joue l'argent qu'on a sur soi...

GEORGES - Oui, je sais, et alors ?...

FRED - Ils ont dit ce so? r... Dernier dlai, videmment, et autant te dire qu'ils ont un minuscule sens de l'humour, dans ces cas-l...

JACQUES - Ne t'en fais pas, Georges, ne prends pas trop cceur, tout ca, c'est pour me demander de l'argent.

FRED - coute, je me suis fait arnaquer par des gens qui ont l'habitude de ca, et qui ne plai-santent pas, c'est un fait !!

JACQUES - Des comme toi, mais dangereux...

FRED - Prte-moidupognon,merde... Jesuis presse, j'ai le couteau sous la gorge, tu le vois bien, je suis oblig de te demander un peu d'argent, et tu es deux doigts de me faire la morale !...

JACQUES - (poustoufl) Je n'ai rien dit... Georges, est-ce que j'ai dit quelque chose ? ... Qa, c'est extraordinaire, fa fait des lustres qu'il me raconte des histoires de poker dont je me fous perdument, avec toujours des arna-queurs, et des arnaqus, je ne sais pas si fa t'intresse, toi, oui ? ... f? on, tant mieux, et toutes ces histoires ne sont qu'un prtexte demander de l'argent, . Je suis oblig de te demander de l'argent , il ne dit mme plus emprunter, il sait trs bien qu'il ne rem-bourse pas... Tu me dois soixante-dix mille francs, Fred, sept briques, je ne sais pas QUAND tu me les rendras, et tu me racontes toujours des histoires dormir debout, qui se terminent irrmdiablement par : Je vais tre oblig, et caetera , et tu voudrais que je fasse l'tonn, que j'attende la chute, alors que je la connais par coeur, la chute, je ne te fais pas la morale, Fred, je ne veux pas que tu changes de vie, je veux que tu changes de banque. Je ne suis plus ta banque. Et donc, tasceur non plus... Cen'est pas de la morale. C'est un dcret.

Un tetnps assez long,

FRED : - ( Georges) II se fait monter la tte par ma soeur... Alors qu'il a un trs bon fond. (Tetnps.) Toi, Georges, je t'ai dj demand, tu es raide, tu n'as rien, on est bien d'accord ?

GEORGES - On est bien d'accord...

FRED - Bon... Je suis au fond du trou.

Un grand tetnps.

GEORGES - Elle est vraie, cette histoire ? ...

FRED - Bien sur que oui...

Silence. Regards. Jacques fouille dans sa poche, et im donne

et qu'il a.

JACQUES - Regarde-moi bien, Ered : c'est la dernire fois.

FRED - Merci... C'est tout ce que tu as, de toute fac/on?... Non, non mais cava, c'est dj trs genti!... <^a va les calmer un rnoment...

GEORGES - Je ne voudrais pas me m? er, Jacques, mais j'ai Timpression que fasent le br? ...

JACQUES - Ah bon >... (Il renif? e.) Non, c'est l'odeur normale, fa... ( Fred 🙂 Tu sens quelque chose, toi ?

FRED - Je n'ai pas de nez, moi... Pas au sens propre, bien entendu, comme tu peux voir, j'ai un nez, mais... j'ai un odorat a peu prs nul...

Il va voirvers lefour.

JACQUES - Est-ce que j'teins, je ne sais pas, moi... Je pourrais te? ndre, mais est-ce qu'il faut teindre,l, vouscroyez, vous 'i...

GEORGES - Ca dpend... Si c'est un plat qui se mange brul il faut laisser, encore un peu...

FRED - Moi, je ne sens rien, moi... (Il renijle.) Ah quoique si !!...

JACQUES - Elle est o, Martine ? ... Elle est o ?... Qu'est-ce qu'on fait ?...

GEORGES - Regarde !!...

JACQUES - (paniqu) Quoi, regarde '(...

GEORGES - Regarde dans le four, tu verras bien... Jacques regarde,

JACQUES - C'est tout noir... Tu veux pas appeler Martine, Fred ''.

FRED - Non, non, il faut que j'y aille, moi, ils m'attendent... Bon, jereviens tout de suite, je fais l'aller-retour, vous m'attendez pour commencer ?

JACQUES - Ah non !!! On n'attend plus, mon vieux... Tant pis pour les retardataires... Noir.

Acte II

le repas est termine, Manine et Jacques s'affairent dans la cuisine.

MARTINE - Ils ont peine touch la buche...

JACQUES - a se passe bien, on dirait...

MARTINE - On aurait peut-tre d la laisser l-bas... Seulement, cafond une allure...

JACQUES - Hein, ca prend bien ?

MARTINE - Quoi, qu'est-ce qui prend bien ?

JACQUES - Rien, la soire, je trouvais qu'elle prenait bien. (Un temps.) a fait combien de temps que tu n'avais pas mis cette robe ?

MARTINE - Elle ne me va pas ?

JACQUES - Si, si, justement... ]e me demandais pourquoi tu ne la mettais pas plus souvent... Elle est magnif? que.

MARTINE - Tu as vu que personne n'a touch ia buche...

JACQUES - Vous vous tes bourrs de pistaches...

MARTINE - Une buche pareille, que j'ai faitfaire... C'tait pourtant une bonne ide, une buche glace, en juin...

JACQUES - coute Tinou, ce n'est pas dramatique, casegarde...

MARTINE - C'est toujours la mme chose, il y a trop d'entres, on a Ics yeux plus gros que le ventre, alors videmment, on achte, aprsced, jevais faire cela, et ca se termine commeca,quoi,onn'aplusfaim... Ilyavait beaucoup trop de petites entres...

JACQUES - Et puis vous vous tes bourrs de pistaches avant de d? ner, je vous ai prvenus mille fois... Je te l'ai dit, et je l'ai dita Georges au dbut de la soire... Martine : - (explosant) Ah non, pas Georges !]e t'en prie, ne me parie plus de Georges, je ne peux plus le supporter, il m'exaspre, je lui trouve tous les dfauts !!.' Toujours des rflexions, rien n'est jamais assez bien, personne n'est jamais assez bonnte pour lui, j'en ai pardessus la tte, de ses airs de supriorit!... Et puis, je commence vraiment en avoir marre, de cette cohabitation... De toute manire, il faudra bien qu'il s'en aille, un jour, il ne vit pas df? nitivement chez nous ? Rassure-moi7 c'est bien un dpannage ?... Bon, eh bien, qu'il s'en ail? e...

JACQUES - Tu veux que je le jette dehors ?

MARTINE - 11 pourrait avoir le tact de partir lui-mme... Au fait, Jacques,est-cequ'onpourrait decider une bonne fois pour toutes que l'ouvre-bo? tes est l ? ... Tu ne le remets jamais en piace... C'est l.

JACQUES - D'accord, c'est l !!... Je te trouve bien remonte...

MARTINE - coute, c'tait provisoire ? ... Provisoire, caveut bien dire ce que caveut dire ?... Lui qui est si cheval sur les mots...

JACQUES - II sait trs bien, que c'est provisoire, il le sait, il se trouve qu'en ce moment, il passe une priode diff? cile, il n'aime pas cette situation non plus, ne sois pas mesquine, je t'en prie... Je te trouve bien remonte, qu'est-ce qui t'arrive ? (Manine reste muette.) Qu'est-ce qui t'arrive ?

MARTINE - Quelle aigreur, quelle inaptitude totale au bonheur !!!... Il ne dit pas un mot de la soire, et puis tout coup, il lui saut dessus, comme un malade mental, c'est toujours le mme cirque... Mais seulement, cette fois, il a trouv quelqu'un en face de lui... Enf? n, heureusementqu'i? avaitaffaire un gentleman, je ne sais pas si tu as remar-qu de quelle facon il a pris les choses, une classe, une tranquillit... C'est un autre monde... Lui a russi, combien russi, et il n'en fait pas une histoire...

JACQUES - Georges est dans une situation delicate, en ce moment...

MARTINE - Oui, eh bien on est tous dans une situation delicate...

Un temps.

JACQUES - Tu es dans une situation delicate, toi?

MARTINE - Tout le monde... En generai... La vie est une situation delicate... (Un temps.) Mon frre t'a demand de l'argent ?

JACQUES - Otti.

MARTINE - Je ne lui ai pas prte un sou, je te prviens...

JACQUES - Moi non plus... (Un petti temps.) Mais... On a de la tisane, non ? On n'a pas de tisane, ici ?

MARTINE - De la tisane 1...

JACQUES - Oui... Marylin en veut une...

MARTINE - Marylin ??!.., De la tisane ?...

JACQUES - Oui, Marylin, de la tisane, il n'y a rien d'extraordinaire...

MARTINE - Non, il n'y a pas de tisane... On a un seau d'eau froide, si elle veut... Line tisane, quelle excite, celle-l, elle a passe le repas se trmousser, mon frre a un got pour les pouf? asses qui me laisse pantoise... Ti a bientt quarante ans, et il les coilectionne encore, il ne change pas, lui, il ne change pas... Qu'est-ce que je bois, moi, je n'arrte pas, je suis dessche...

JACQUES - Enf? n, part ca, la soire a bien pris, j'ai l'impression...

MARTINE - Je vais apporter ca, moi... (Elle s'en va, puis la porte.) Et je suppose que tu trouves cette Marylin poustouf? ante, toi ?

JACQUES - Comme tout le monde, oui... le serais hypocrite si je te disais le contra? re, elle est trs...

MARTINE - Oui, oui, ca va, je t'en prie, j'a? compr? s...

Elk sort. Aprs un temps, Georges arrive.

GEORGES - Tu as quelque chose de fort, genre eau-de-vie, on commence s'emmerder ferme, l-bas, s? je ne me pte pas la gueule suffisamment tt, ca va tre trs long... Ils en sont rimmobilier,.. Pourquoi investir dans la p? erre, combien gagne-t-on en cinq ans, les rducons d'impot, qu'est-ce que e. a peut me foutre, moi je n'ai pas d'apparte-ment.,. j'ai a peine un Ut, et je ne peux mmepasl'ouvrir... JACQUES : - (camme Georges cherche toujours) L... l, non, en bas, compi te ment en bas...

GEORGES - Ah oui, voil... ]'ai crois Martine, j'ai l'impression qu'elle m'apprcie de plus en plus... Elle me dcouvre...

JACQUES - Elle est trs fche contre toi, et je la comprends...

GEORGES - Oui, j'ai cru remarquer qu'elle me faisait les gros yeux, pendant le repas... En fa? t, je crois qu'elle s'est tout simplement froisse pour lu? ...

JACQUES - Eh oui, mon vieux, e'est normal, il faut la eomprendre...

GEORGES - Oui, e'est elle qui l'a invite, elle veut qu'il soit heureux...

JACQUES - C'est moi qui V ai invite.

GEORGES - Oui, mais elle veut quand mme qu'il soit heureux... C'est la maitresse de maison...

JACQUES - Je vois que tu as bien saisi la situa-tion, c'est exactement fa, Georges. (Ungran temps.) A part fa, elle est cran, elle a eu une journe trs d ure, s'occuper des enfants, plus l'organisationdurepas, enfin toutcequ'une femme fait dans une maison... Elle aurait le droit de passer une soire dtendue... Un temps.

GEORGES - Oui, c'est vrai...

Un temps.

JACQUES - Tiens, donne-moi un verre, je vais trinquer avec toi... Elle est trs nerveuse, moi-mme, j'ai du mal la saisir ce soir... Elle en a aprs tout le monde, toi, son frre, la femme de son frre... (Un temps.) Entre parenthses, quel morceau, cette Marylin, tu ne trouves pas qu'elle est extrmement bien fai te ? ... Elle est extrmement bien faite, elle a un enorme capitai...

GEORGES - Oui, d'ailleurs, on dirait qu'elle l'a bien compris, elleinvestit absolument tout l-dessus.

JACQUES - A sa piace, j'investirais aussi, quel cui...

GEORGES - Un beau cui ca dure quoi ? Quelque temps... Elle va se sentir oblige de le refaire, ca va lui coter de l'argent, et au bout du compte, il lui rester une bonne quarantine d'annes pour rf? chir... Un investissement d'imbcile.

JACQUES - (ilsupire) (^am'aurait tonn...

Fred apparati.

FRED - Ramenez-vous, les gars, il est en train de les partouzer toutes les trois !!!

JACQUES - Comment, partouzer t...

FRED - Non, non... C'est des conner? es, vi-demment, mais enfin il est trs en verve, corame on dit, c'est de la haute voltige... D'ailleurs, c'est simple : les femmes sont compltement sous le charme.

GEORGES - Les hommes, aussi...

FRED - part Charlotte, qui a l'air d'avoir l'ha-bitude... Le quotidien, ca use normment, j'ai l'impression... Aiors, elle, c'est plutt des hochements de tte du style Ah ! oui, je la connais aussi, celle-l... , mais trs comprchensive, trs sympa, j'accroche aussi pas mal avec elle... C'est quand mme quelqu' un qui a des responsabihts dans un canard qui se vend des milliers d'exem- plaires...

GEORGES - C'est ? ncroyable, ce que tu nous racontes, l...

JACQUES - Et donc les femmes, sous le charme?...

FRED - Voil. Surtout la tienne et la mienne.

JACQUES - Dis donc, ta femme, si je peux me permettre, euh... Quel euh... Quel morceau !... Elle a l'air gentil, elle fait quoi !

FRED - C'est une pute...

GEORGES - Ah, trs bien, c'est exactement ce que jepensais...

JACQUES - Quoi... Professionnelle ?

FRED - Non, normale, benvole... Je l'ai trou-veen beate,.. Ons'est tout de suite pi, et on ne se quitte plus depuis quatre jours... Sauf quand je joue, bien entendu... et comrae, malheureusement, j'ai beaucoup jou...

GEORGES - Donc, rien de dfmitif, encore ? ...

FRED - Non, fa dmarre doucement... On s'observe. (Un temps.) C'est quoi, ea ?...

JACQUES - De la poire.., C'est pour Georges, mais je l'accompagne...

FRED - Eh bien je vais t'accompagner, moi, pendant que tu l'accompagnes... (Un temps. Iis hoivetit.) J'ai trouv la bouffe trop sale, personnellement... La cucinire est amou-reuse, comme on dit... Non ? ... (Puis, aprs un temps, Georges 😉 Dis donc, t'es pas gai, toi, ce soir, hein ?

JACQUES - Tu le connais, Georges... C'est le contraire d'un gai...

FRED - Ou? , bien sur, mais disons que ce soir, je le trouve carrment teint, si tu veux...

GEORGES - Mais qu'est-ce que vous avez avec ca?... Pourquoi voulez-vous tout prixque je sois gai ? ... Je me demande pourquoi vous attachez tant d'importance ces choses-l... il est toujours question d'tre gai, ou souriant, ou enpleine forme, c'est une obsession !!... Je n'ai pas appris de bonne nouvelle, je n'ai pas gagn au Loto, je n'ai rien vendre personne, je n'ai aucune raison d'tre particulirement gai... Je suis un tre humain, pas un animateur !!... Il n'y a qu' la tlv? sion qu'on voit des gens clater de rire longueur de temps, comme des crtins...

JACQUES - Est-ce que quelqu'un te demande d'clater de rire comme un cretini On te demande de ne pas giacer l'atmosphre, c'est quand rame moins contraignant !...

FRED - C'est vrai que tu as jet un gros froid, pendant le repas... Je n'ai pas russi comprendre pourquoi, d'ailleurs... Et, j'ai le regret de te dire que j'ai trouv sa raction imperiale, beaucoup de sang-froid, beaucoup d'humour... ( Jacques 🙂 Hein, il connaissait bien le sujet, il aurait pu large-ment l'enfoncer...

JACQUES - Bien sur, bien sur, et il ne l'a pas fait !... Mais lui, c'est particulier, il observe de vieilles coutumes ringardes qui consistent ne pas foutre la merde dans une soire. FRED : - ( Georges) II aurait pu t'enfoncer...

JACQUES - En plus, soixante-quinze pour cent des gens sont d'accord avec lui...

GEORGES - Et alors, quel rapport ?

JACQUES - Ben, c'est la majorit, mon vieux...

GEORGES - La majorit ? Laquelle d'abord 1 Celle qui pensait que la terre tait piate, ou celle qui se met une piume dans le cui parce que c'est la mode ? Un temps.

FRED - Qu'est-ce qui te dplait, chez ce type, qui est archi-rigolo, qui est ple? n de bl, clbre, et qui n'en faitpas une montagne ?

GEORGES - J'ai l'impression que tu l'aimes bien, toi...

JACQUES - Et aiors ? ... Je ne vois pas de honte, l-dedans...

GEORGES - C'est une question de got... Jene vois pas de honte non plus:

FRED - Mais qu'est-ce qui te dpla? t ?

GEORGES - Quasiment tout.

FRED - Ah, quand mrae !...

GEORGES - Jen'ai rien lui dire... Onn'estpas du mme monde... C'est un visage pale.

FRED - Mais, vous tiez trs amis, tous les trois, l'poque ?...

GEORGES - Pas du tout.

JACQUES - videmment, videmment qu'on tait amis, on tait quasiment cui et chemise, il v adix ans...

FRED - C'est assez difficile de se faire une ide, entre vousdeux...

GEORGES - II embell? t... Il embellit pour la circonstance, je n'ai pas le souvenir d'une si remarquable amiti... Quand on a arrt de se voir, personne n'a pleure, que je sache, tout le monde a trouv ca naturel...

JACQUES - Alors Iaisse-moi te rappeler, puisque tu as des dirficults de mmoire, qu'on ne l'a plus vu par solidarit avec toi, tu t'en sou-viendras certainement, si tu fais un effort... Tu tais mal l'aise, jaloux, Charlotte s'tait mise avec lui, et pas avec toi, ca t'avait bless, et, par solidarit, on s'est perdus de vue... Parce que TU ne voulais plus la voir... Jene regrette pas, la question n'est pas l, mais c'est la vrit.

FRED - Ah ! C'est une histoire bte comme ca?

JACQUES - Mais oui, quand on est jeune, on a l'esprit de clan, on prend fait et cause... Mais, avec du recul, c'est f? nalement beaucoup de romantisme, heaucoup d'orgueil, pour pas grand-chose.

FRED - Drle de couple, d'ailleurs, on s'atten-drait le voir avec Miss Monde, et puis pas du tout, une fili e intelligente, hein X

Georges : - ( Jacques) Maintenant que tu as suff? samment de recul, vous allez pouvoir vous revoir rgulirement, cette belle histoire va repartir sur desbasessaines, je suppose...

JACQUES - Oui, pourquoi, je crois que c'est pos-sible, maintenant...

GEORGES - Mmmmm !... Vo? l quelques jolies soires en perspective...

JACQUES - Tu ne seras pas oblig d'y venir...

GEORGES - }e m'abstiendrai, effectivement.,. Hlas, tant que je couche dans ton salon, je peux difficilement faire autrement.

JACQUES - C'est provisoire, tu vas bien finir par trouver un apparternent...

GEORGES - Oui... Rflexion fai te, il faut que je me mette srieusement chercher...

FRED - Je vois que I'ambiance est bonne, ici aussi, mais je vais pascer au salon, pour alter-ner un peu... (Temps.) Dis donc, Jacques, il nra propose deux fois de suite de faire un petit poker, il n 'y a aucune raison de ne pas lui faire plaisir, on va en faire un petit, hein ? Tu asentendu, c'estlui, qui a propose...

JACQUES - Fred !... Je teprviens arnicalement : un petit poker, avec des allumettes, nous sommes bien d'accord?... Unjeudesodt.,. Pas une embuscade...

FRED - a va de soi... on n'est pas des sauvages...

Cuisine

Il sort. Jacques reste un instarti face, Georges, dans le si? ence. Jacques ; Je ne te comprends pas, Georges. Il sort son tour. Georges repart sur la ferrasse. Un momentplus tard, Charlotte entre prudemrnent, ne voitpersonne, et va d? ree-tement vers le tlphone. Elle compose un numero.

CHARLOTTE - C'est moi... Je n'ai pas pu t'ap-peler avant, je ne suis pas chez moi, je suis dans une soire... Des anciens amis... Bof, comme pi... C'tait trs sale, elle amis une tonne de sei, dans sa bouffe, tout le monde cherche une carafe d'eau.., peine au caf, cas'ternise... Je ne saispas, au moins dans une heure... Non, non, ne m'attends pas avant... Ecoute, l je vais tre oblige de raccrocher... Vo? l, peut-tre tout a l'heure, bonsoir... (Elle raccroche, juste au moment o Georges apparati et la surprend.) Ah !... Tu m'as fait peur, tu tais l > Tu tais o ?

GEORGES - L... Sur la terrasse. Je respirais un peu d'air frais.

CHARLOTTE - Tout le monde cherche une carafe d'eau, l-bas, on est dshydrats... C'tait bon, mais trs sale...

GEORGES - Oui, on sent qu'il vient de la mer, cepoisson... Un temps.

CHARLOTTE - Tu as entendu mon coup de f? l ?

GEORGES - Ton coup de f? l, c'est--dire ? ...

CHARLOTTE - Tu sais bien, j'ai tlphone, l, a l'instant, c'est un coup de f? l, ca... Tu m'as entendue ?

GEORGES - Trs bien... Trs bien entendue... ]e ne pouvais pas faire autrement, je suis dsol... Evidemment, tu peux compter sur moi, euh... ]e resterai trs discret, comme on dit danscescas-l...

CHARLOTTE - Justement !... Justement, tu peux en faire ce que tu veux, il n'y a rien de secret, c'est ca que je voulais te dire...

GEORGES - Ah d'accord...

CHARLOTTE - }e ne me cache de personne.,.

GEORGES - D'accord...

CHARLOTTE - ]e ne vouJais pas qu'il y ait un malentendu... Un temps.

GEORGES - Donc, ton mari est au courant...

CHARLOTTE - Voil.

GEORGES - Une sorte de couple fibre, quoi ?

CHARLOTTE - Voil... Si tu veux.

GEORGES - Mais vous habitez ensemble...

CHARLOTTE - Exacternent, tu veux savoir autre chose ?

GEORGES - Euh... Qui, est-ce que tu conna? -trais, toi qui as des reJations, un deuxpices confortale, trs silencieux, avec un loyer drisoire ?... Parce qu'ici, on arri ve une sorte de saturation... Temps.

CHARLOTTE - Mais tu vis comment, si ce n'est pas indiscret ?

GEORGES - Je travaille mi-temps.,. Dans une agence de voyages..,

CHARLOTTE - Ah... (Temps.) C'est intressant ?

GEORGES - C'est une mine.

CHARLOTTE - Enf? n, vous avez d'normes rductions sur les vols, c'est toujours ca...

GEORGES - J'aipeur, en avion...

CHARLOTTE - Ah c'est dommage... C'est pas de chance... Un temps.

GEORGES - Tu aimes les jeux de cartes ?

CHARLOTTE - Euh... adpend, oui... Four- quoi ?

GEORGES - Je crois qu'ils vont commencer un poker... Tu sais, ton mari en a propose un, toutl'heure...

CHARLOTTE - Oui, il adore fa... Il est fascine parlejeu...

GEORGES - Avec Fred, on peut dire qu'il est bien tombe.

CHARLOTTE - Et toi... Tu n'aimes pas fa.

GEORGES - J'aime regarder une belle partie quand elle se presente,..

CHARLOTTE - Oui, voil, moi aussi... Quand je suis vraiment oblige... Un temps.

GEORGES - Alors, qu'est-ce que tu penses de ton amie Martine, aprs dix ans !...

CHARLOTTE - Mon amie Martine... Elle a beaucoup chang, on dirait... Elle s'est aff? rme, je l'ai connue plus timide, plus emprunte...

GEORGES - Oui, elle s'est panouie dans le mariage... Son foyer, ses enfants, tu sais... L'panouissement classiquc...

CHARLOTTE - C'est toujours mieux que pasd'panouissement du tout...

GEORGES - C'est ce qu'elle a d penser... et toi ?... Des enfants, tu n'en veux pas ?

CHARLOTTE - Si... Si, mais j'ai le temps... Je suis un stade de mon travaii o je ne peuxpas me permettre d'arrter.

GEORGES - Ton fameux journal ? ...

CHARLOTTE - Fourquoi fameux ?

GEORGES - 1-red, tu sais, le frre de Martine, qui est littralement enchant d'avoir fait votre connaissance, nous faisait des

CUISINF. ET DPENDANCES I 47complimenti sur toi, et ton journal... Entre autres...

CHARLOTTE - Cen'estpas mon journal... Cest celui de mon mari...

GEORGES - Ah bon ! Ah .'D'accord... CestSONjournal ?...

CHARLOTTE - Ben oui...

GEORGES - Ah ! Je comprends beaucoup mieux... Justement, jenevoyaispasdu tout ce qui pouvait te retenir...

CHARLOTTE - Et alors ?... Qu'est-ce qui me retient ?

GEORGES - Vous avez tout simplement des intrts en commun...

CHARLOTTE - Oui... Comme souvent dans un couple et tu peux te dispenser de ce genre de sous-entendus, je t'ai dj dit que la situa-tion tait trs claire entre lui et moi !... Quant mon travaii, je le fais bien, et mon emp? oyeur est satisfai!... Cest simple, non \

GEORGES - Oui, c'est un choix... C'est un choix comme un autre, chacun ses gots... Per-sonnellement, je trouve qu'il manque une petite pointe d'amour.

CHARLOTTE - Ah oui ?... Une petite pointe d'amour, tu crois ?... Tu peux m'expliquer mieux, plus en dtail ? ,.. Toi qui ne manques de rien, tu devrais me donner des conseils, j'aurais peut-tre une bonne note, la pro-chaine fois... Ce n'est pas fatigant, d'tre toujours mieux que les autres ? Quand je t'ai connu, il y a dix ans, c'tait exactement la mme chose, tu tais tout seul, sur ton petit rocher, avec la vrit suprme sous le bras, rigide, intraitable... Et dix ans plus tard, je te retrouve la mme piace, et le monde est toujours aussi lche et corrompu, si j'ai bien compris ? ... Tu ne trouves pas qu'on a dj entendu cet air-l}.

GEORGES - Cest le seul que jeconnaisse... (Un temps. Il se lve et va vers la porte.) Il y a dix ans, si tu nVavais dit oui, tu serais peut-tre avec mo? , sur mon petit rocher... Jevaisvoir oils en sont... li sort. Un temps a%sez lotifl, Charlotte rfldttt, seule. Puis se dirige vers le tlphone. Elle dcroche et compose,

CHARLOTTE - Oui, c'est moi... coute, j'ai rflchi, je ne peux dcemment pas partir avant un bon moment, finalement c'est ridicule que tu m'attendes... Parce que, c'est pas pratique, ca ne m'arrange pas... Ben oui, fais une croix, qu'est-ce que tu veux que je te dise... Oui, oui !... J'ai chang d'avis, parce que je suis fatigue, je ne m'en tais pasrendu compte... Bon, coute, je ne suis pas chez moi, l, je suis en train de parler devant tout le monde, c'est trs gnant... Oui, oui, bonne nuit !... (Elle mccroche, quand Martine arrive en trombe, surexcite.) Je me suis permis de tlphoner, je voulais tre tranquille...

MARTINE - Bien sur, vas-y... C'est tel? emeal agrable, quelcfu'un de poli, vas-y...

CHARLOTTE - Non... /'ai dj tlphon...

MARTINE - Tuasbienfait... Excuse-moi, jesuis excde...

CHARLOTTE - Oui, tu as l'air...

MARTINE - C'est cause de la petite amie de raon frre, je suis estomaque par ie sans-gne de cette f? lle, ca va me passer, excuse-

CHARLOTTE - Vous jouez au poker, c'est ca ?

MARTINE - fls jouent, ILS jouent au poker, moi, ca ne m'intresse pas... fls ne m'ont pas demand mon avis, mais en l'occurrence, je dtestejepoker... D'ail? eurs, je ne suppone paslemensonge, d'une manire generale. Un tempi.

CHARLOTTE - Tu ne veux pas que je t'aide ranger ?

MARTINE - Non, non, laisse,.. La femme de mnage vient demain ■■ - (r lui fera une occa-sion de travailler. Jacques surgtt, assez presse.

JACQUES - La petite s'est tache, il faudrait un torcitori avec de l'eau chaude... (l? cherche.) Mais il n'y a pas de torchon propre, dans cette maison ?

MARTINE - L... (line wttpaso.) LkV.l... Gliene peut pas venir le chercher elle-mme, son torchon ?... (Jacques ne rpondpas et ressort flussi vite qu 'il est entr.) Et voil... Non, mais est-ce q tu as observ le numero permanent de cette f? lle?...

CHARLOTTE - Ah oui, ca... elle n'hs? te pas une seconde... Travailleuse acharne...

MARTINE - Une vraie poufiasse, oui... coute, Charlotte, on n'a pas idee de s'hab? ller corame fa, mme toi, l'poque, qui tais plutt affranchie, tu ne...

CHARLOTTE - J'tais affranchie, moi ? ... Comment, affranchie 1

MARTINE - Tu n'avais pas froid aux yeux, il ne falla? t pas t'en promettre quoi.., Tu faisa? s comme toutes les filles de dix-huit ans... Mais jama? s ce point !... Cette jupe ras-le-bonbon !...C'est bien simple, chaque fois qu'elle se baisse, il y a un blanc dans la conversation, ce n'est pas norma? ... Elle se coiffe, se dcoiffe astucieusement toutes les cinq secondes, elle parie avec une voix d'en-fant, elle rit comme une hystrique chaque fois qu'elle comprend quelque chose... C'est cceurant, ce cinema... (Un petit temps.) En plus, je me fiche compltement de ses sima-gres, ou de la facon dont elle s'habille... S'ils n'taient pas tous, l, hypnotiss... Fascins... On dirait des lapins dans les phares d'une voiture... (Un temps.) Franchement, avec ton mari... Elle est quasiment obscne !!!... Je l'aurais gifle, moi, ta piace...

CHARLOTTE - Si tu savais ce que je peux en voir des Marylin, mais j'en vois !... Entre troiset quinze par soire.., C'est une vraie routine... S'ilavaitfalru que/eJesgifletoutes. Tu comprends, il est assez connu, alors eiles arrivent comme des mouches... Elles font Ieur petite danse ritueile, eJJes m'crasent un peu ies pieds au passage... (Un temps.) Etpuis... Pour te dire ia vri t... Iln'estpas teilement farouche.

MARTINE - (elle comprenddoucement) Ah bon ?.., Mais qu'est-ce cjue tu me dis, l ?... Tu veux direqu'iJ... Un'est pas farouche ?

CHARLOTTE - Non, non, je disais fa comme fa... Can'aaucuneimportance... Martine ; Ah bon... Tu m'as faitpeur...

CHARLOTTE - Non, non, ne t'inquitepas. Un temps.

MARTINE - le rsujtat, c'est que je vais finir par ne pius inviter mon frre, et puis c'est tout... Je me retrouve chaque fois avec des cassociaux, iJ emmnen'importe qui, ici... Je n'ai rieri contre Ies cas sociaux, bien au contraire, la question n'est pas la, mais tu sais, il... Il se Jie trs vite avec Ies gens, il se passionne... C'est typiquement Poissons, fa... IIs aiment tout le monde, Jes Poissons.

CHARLOTTE - Vous ne vous ressemblez pas du tout, je trouve, Fred et toi... Mart/NE : Oh non .'/... Pas du tout, alors... Je l'airne beaucoup, je l'airne normment, c'est mon frre... Mais on est diametrale-ment opposs.

haR: ]e ne le connais pas, bien sur, mais je le trouve attachant...

MARTINE - Oh, il est difficile... coute, j'aideux enfants, un de trois, et la grande de quatre ans, tu voisce que c'est, deux enfants ? ...

CHARLOTTE - Oui, jevois trs bien...

MARTINE - Eh bien, je me fais presque plus de souci pour Fred, que pour eux deux runis...

CHARLOTTE - Ah oui, il doit tre difficile...

MARTINE - 11 faut Iti surveiller comme du la? t sur le feu. Et je ne te dis pas tout... (Martine se sert boire.) Tu veux un verre d'eau ? Tu veux un peu de buche ?

CHARLOTTE - Ah oui, tiens... Je veux bien un verre d'eau, s'il tepla? t...

MARTINE - Pas de buche ? ...

CHARLOTTE - Non, merci... - (Un temps.) Et Georges, il habite chez vous depuis long-temps ? ...

MARTINE - Deux mo? s... Presque deux mois... Tu sais ce que c'est, au dpart, c'est pour huit jours, et puis... Je ne sais pas s'il te Fa dit, mais... Il tait avec une femme trs bien, depuis six ans, beaucoup de tte, exactement ce qu'il lui fallait, quelqu'un qui lui remette Ies pieds sur terre... Tout allait trs bien... Enfin ma connaissance... Et tout coup, du jour au lendemain,iiraquitte !!... Mais vraiment du jour au lendemain '.!!... Mon-sieur a eu une illumination, il a rempli une val? se, et il est parti... Il lui a tout laiss.Vacomprendrequelquecho.se, toi... Nous-onn'a toujourspascompris, eri tour cas,,,

CHARLOTTE - II ne vous a rien expliqu ?... MARTtNE : Rien. 0 est arriv ici, et il nous a mis au pied du mur, pour ainsi dire... Jacques, qui ne saitpas dire non, a dit oui... Et tu conna? s la suite... On n'allaitpasluirefuser un toit...

CHARLOTTE - Vous tes ses amis, il est venu chez vous...

MARTINE - Bien sur, bien sur.., II a bien fait... (Un temps assez long.) Charlotte.., Est-ce que je peux te poser une question ?

CHARLOTTE - Oui...

MARTINE - II faut que tu me rpondes trs sincremem.

CHARLOTTE - Oui, oui, vas-y...

MARTINE - Tu me le promets ? ...

CHARLOTTE - Oui, je te le promets, sincrement...

MARTINE - Est-ce que c'tait vraiment trop sale ? Noir.

Acte III

Jacques, arrive dans un certam tat d'nervement. Il se seri un vene d'eau. Manine apparali sur le pus de la porte. Elle

y reste, fi$t>.

MARTINE - Est-ce que tu as entendu ton ton"?

JACQUES - Qu1 est-ce que tu veux que. je fasse, tu me fais des s? gnes derr? re lui, avec ? es yeux, je les vois, tes signes, mais qu'est-ce que tu veux que je fasse \

MARTINE - Ne me parie pas comme ca devant les gens.

JACQUES - Dis-moi qu'est-ce cju'il fallait taire ? Le prendre tout d'un coup, le lever de sa chaise, et l'empcher de continuer \ Fais-? e, toi, e'est ton frre, merde la fin, ce n'est pas lemien!...

MARTINE - Je ne veux pas que tu me parles de cette facon. Je te demande simplement de me respecter, surtout devant les gens...

JACQUES - Bon, je suis dsol, je me suisemport, Martine, je te demande de m'qj cuserpourja, je t'aimal parie, yaarrive... Ca nedevraitpasarriver... Mais tu mepousses, tu ras pouss te rpondre comme e.a, l, on n'est pas devant les gens, et je te demande posment : qu 'est-ce que je peux faire ? Je l'ai pris part, il s'est leve deux fois de cette tabJe, je lui ai parie deux fois... Avarii que la partie s'envenzme, et pendant... L, il y a une demi-heure... fi me dit de ne pas m'en faire, tuleconnais, tonfrre,ilnes'enfaitpas, et il ne veutpasqu'on s'en fasse... chaque fois que je lui fais signe d'arrter, il me regarde comme si je venais de lui raconter une his-toire drle, fa le fait rire... Ton inquitude, mon inquitude, fa Je rend hiJare, tu vois bien... l? est rayonnant... Un tempi.

MARTINE - Us sont devenus fous, tous les deux...

JACQUES - Sitt qu'ils ont parie de jouer de J'argent, tu as bien vu, je leur ai dit lourde-mentmon opinion et jeme suis retir, je Je sentais,je ne voulais pas que ca degnere... je vais mme te dire mieux : je l'avais pr-venu, avant.'... Je l'avais prvenu... Avec desallumettes, Fred... Un petitpoker... Tu parles, elle vaut cent francs, l'allumette, i'heurequ'il est...

MARTINE - C'est comme s'ils s'taient envo-ts mutuellement... Sans parJer de cette tylarylin, qui ne dcolle pas de leur table depuis deux heures, et qui jette rgulire-ment de Phuile sur le feu... videmment... C'est tellement excitant, un combat de coqs... C'estlamentable... Jesuistrsdfue... Jesuis trsdcue...

Elle pleure. Un temps.

JACQUES - Martine... "N'exagrons r? en... On va trouver une solution... Ils vont bien s'arrter, il est trois heures du matin... a ne vaut pas le coup de pleurer...

MARTINE - Si, si, fa vaut le coup, c'est la tension, ca va me faire du bien... (Un temps.) J'en ai marre... Oh qu'est-ce que j'en ai marre...

JACQUES - De quoi?

MARTINE - De tout... Laisse-moi, ca va me passer... }e suis trop sur les nerfs en ce moment...

Georges entre, une valise la main.

GEORGES - Bon... Parlons peu, mais parlons bien, je vous remercie tous les deux pour le service que vous m'avez rendu, j'tais embt, vous m'avez hberg, c'est trs gentil, mais on n'est plus des enfants, ce genre de s? tuation ne peut durer ternellement, et jesensque j'aidjbeaucoup... pese,sur le mnage... Je pars, donc... Est-ce que je peux me servir du tlphone pendant un moment \ II faudrait que j'appelle quelques htels...

JACQUES - Tout de suite, l ? ,..

GEORGES - Le plus tt serait le rnieux... je commence avoir somme? l.

JACQUES - Et tu ne peux pas dormir ici ?

GEORGES - Non... Jlyadeux typesqui jouent au poker, sur mon lit... De toute facon, je voulais partir demain, autant partir tout de suite...

JACQUES - cette heure-l ?

GEORGES - La partie n'est pas finie, et j'ai sommeil, je te dis...

JACQUES - Bon... Tu fais ce que tu veux, vas-y, sers-toi du tlphone, je t'en prie...

GEORGES - Merci... Je vais poser ma valise dans un coin o ca ne drange personne... Ah ! l'annuaire, j'ai oubli l'annuaire... // se dirige vers la sartie.

JACQUES - Georges !.., (Georges rapparait.) Ils en sont o \

GEORGES - C'est toujours Fred qui gagne, mais encore plus gros... A part ca, Marylin entretient eff? cacement le suspense, et Charlotte s'est endormie dans un coin... Quant Fautre, tu sais ce que sait, il est atteint dans sa f? ert, alors il s'accroche, c'est trs rjouissant...

MARTINE - Imhcile !!

JACQUES - Je t'en prie, Martine...

MARTINE - II est content, lui, tu ne vois pas ?

GEORGES - Je ne suis pas content, je suis ravi.

Jl sort.

JACQUES - Martine... Maintenant, il faut que tu me d? ses... Depuis le dbut de cette soire, ie ne te reconnais pas, je ne comprends pas ce qui t'arrive... D'abord, tu es surexdte comme une gamme, et maintenant, tu parais... vexe, comme blesse par quelque chose, tu me dis que tu en as marre de tout, qu'est-ce qui se passe? ..,On croirait quequelqu'un t'afait du mal...

Un temps.

MARTINE - Mais non... C'est moi, c'est ma vie...

JACQUES - Ta vie, c'est--dire ?

MARTINE - ]'en ai marre de ma vie, il ne se passe rien, c'est tout.., On sort jamais, on ne fait rien, je ne travaille pas, je stagne... Ah, vi-demment, je suis une bonne mre de famille... C.a me fait une belle jarnbe, tout le monde s'en fout, des mres de famille, je voulais avancer, moi, j'aura? s voulu crer des choses, tre utile, je ne sais pas participer une action humanitaire, salive* des gens... Regarde, Charlotte, elle travaille, elle ren-contre des gens, elle est en contaci avec le monde, c'est capitai... Elle est au milieu du monde...

GEORGES - Travaille, si tu veux...

MARTINE - Pfff... C'est facile dire... Qu'est-ce que tu veux que je fasse ? C'est trop tard, maintenant... Un temps t rf? exim.

JACQUES - ]e ne comprends pas trs bien...


MARTINE - N'en parJons plus... Les choses ne sont jamais comme on voudrait qu'eiles soient, c'est connu... C'est passager... Un nouveau temps de rjhxion.

JACQUES - Et ca fa pris comme ca ?... Tout d'un coup, ce soir, tu t'apercois que tu vouJais tre au milieu du monde, et que tu n'y espas?.., Moi, je crois simplement que tu passes par un moment de dpression, non ?... Tout le monde passe par l, tu sais... D'une heure l'autre, on est dgot de tout, on ne sait plus pourquoi on est l, fa arrive, c'est imprvisible, canous tombe dessus comme ca...

MARTINE - Oui, on ne sait plus pourquoi on est l...

JACQUES - Et je crois que c'est passager, effecti-vement,.. (Un grand temps.) Tu n'as rien d'autre me dire ?

MARTINE - Non... Qu'est-ce que tu veux que je te dise d'autre ?

JACQUES - C'est toi qui sais,..

MARTINE - Rien... Un'ya rien d'autre, qu'est-ce que tu veux qu'il y ait... Je te le dirais... Fred entre, fivreux.

FRED - C'est l'estocade, comme on dit, je viens de lui prendre onze mille francs, en un seul coup .'... Avec deux rois... Je suis en tram del'assommer,

// sort.

MARTINE - Fred l... Fred f...

#parta sa suite.

JACQUES - ]e te prviens, Fred !...

flpartaussi. Avrs quelqttes secondes, Charlotte entre, toujours prudem-ment, et comme d'hahitude, se dirige vers le tlphone. Elle compose un numero et attend...

CHARLOTTE - Oui, bonjour, pardon, bons... Oui, je voudra? s un taxi pour le 13, rue... Le numero de tlphone ? Oui, c'est le... Attendez... Attendez... C'est le... All? ... Salope !... Georges arnve sur ce mot.

GEORGES - Pardon, je m'en vais, je m'en vais, je n'ai rien entendu...

CHARLOTTE - Non, non, reste, tu ne dranges pas, j'appelle un taxi... Tu te farcis une musique infecte, et pour finir, ils te raccrochent au nez, c'est trs agrable cette facon de com-muniquer... C'est quoi, le numero de tlphone, ici ?... S'il te pla? t... Georges -.45.29.04.93. Elle note.

CHARLOTTE - 45.29. 04.93. Merci. 04. 93 ? Georges:93... 04.93...

CHARLOTTE - Merci. (Elle apertoti les amuaires dans ks bras de Georges.) Tu veux tlphoner \.,.

GEORGES - Non, non, vas-y, j'ai le temps, moi... Il faut que je cherche d'abord...

CHARLOTTE - Merci, je n'en ai pas pour long-temps... (Elle compose, il cherche.) Bonsoir, je voudraisuntax... Oui,le45.29.04.93... 93!...Oui... ((In temps.) Tu chetchesquoi, si pasindiscret ?...

GEORGES - Un hotel... Charlotte;Qui?... Ah,merde,pas de volture en ce rnoment, rappelez ultrieurement, pfiff.,. (Un temps.) Tu as une volture, toi ?...

GEORGES - Oui... Un temps.

CHARLOTTE - A? ors tu cherches un hotel ?... Georges :Voil... Unpet? thotel... /'aienvie de me coucher...

CHARLOTTE - Ah bon, tu pars d'ici cette nuit ?

GEORGES - Oui,.. Ca m'a pris d'un coup... (Un temps.) Tiens, je vais essayer celui-l.,. (Ilcompose.) Oui, HteJ Europa ?... C'est bien l'Hotel Europa ?.., Je vous rveille, excusez-moi... Ah bon ? ... Donc, je ne vous rveille pas... Est-cequ'il vous reste des chambres ?.., Oui, s'il vous pla? t... Quelques jours... Je ne sais pas, huit, quinze... Non, douche, douche... Bon, etleprix?... Ah .'Trsbien, etleprix ?.,. Ah.'... Je vais rflchir, merci... Borine nuit.,. (l? raccr&che.) Oui, j'ai vis un peu haut... Il faut que je rduise mes ambitions, j'avais un peu perdu de vue les tarifs d'hotel, ca n'aplus rien voir... Vas-y, si tu veux...

CHARLOTTE - Non, ya va, merci, je vais attendre encore un peu...

GEORGES - Ne te gne pas pour moi... C'est moi qui t'ai drange...

CHARLOTTE - Je ne me gne pas du tout, et puis tu ne m'as pas drange, c'est ridiente...

GEORGES - Enfin, je disais ca... pour tre aimable...

CHARLOTTE - Oui, ca doit tre le manque d'ha-b? tude, j'aitsurprise, justement... (l? ngrand temps.) On a du mal se parler, tous les deux, hein}...

GEORGES - Oui...

CHARLOTTE - On a toujours eu du mal... Tu te souviens, il y a dix ans, c'tait pire... 11 faut dire que je n'tais pas trs attentive, l'poque... Enf? n, j'tais attentive moi-rame.

GEORGES - Non, non, c'est moi, ca a toujours tmoi... (e n'ai jamais su te parler, et c'est vrai que je n'ai pas fait beaucoup de progrs...

Un grand temps.

CHARLOTTE - Tu es reste assez longtemps avec quelc|u'un,d'aprscequem'ad? tMartine? ...

GEORGES - Oui.

CHARLOTTE - Et... Tu es parti pourquoi \...

GEORGES - 11 manquait une petite pointe d'amour.

Un temps.

CHARLOTTE - Bon, je vais essayer un autre numero... (Elle compose.) Oui, bon... (Elle soupuc) C'est fatigant pour les nerfs, on ne peut pas dire un mot en entier...

GEORGES - Et ce pauvre garcon, qui tu tle- phonais, touti'heure, iJenesto > ji,j commencer douter srieusement, si ca trou ve, ii Jutte con tre le .sommeil, J'heu qu'ii est?...

CHARLOTTE - Non, je pense qu'il d d se cou cher... /el'ai libere...

GEORGES - C'est trs h orine te de tapart.

CHARLOTTE - Je suis comme ca... Ah, bon-soir... Oui, 45.29.04.93... 93, c'est fa... Non, je ne quitte pas... Temps.

GEORGES - Tu rentres chez toi ? ...

CHARLOTTE - Oui... Je m'endormais, au salon... On ne peut jamais savoir combien de ternps fa dure, ces parties de poker... (Temps.) Et puis je suis gne pour Jacques et Martine... l? s veulent certainement se coucher, fa doit les amuser modrment, toutfa...

GEORGES - Non, iJs sont tellement contents, ils feraientn'importequoi, pour vous faire plaisir...

CHARLOTTE - Pour LUI faire plaisir, tu veux dire...

GEORGES - Oui, pour lui faire plaisir...

CHARLOTTE - Moi, je ne suis que la fermale du cali/e, c'est accessoire... Enfiili, je ne me plains pas, je sais que les gens peuvent m'ignorer consciencieusement pendant toute une soire, je suis maintenant habi-tue au mpris... Mais l, j'tais cense retrouver des amis, je m'attendais mieux, r exemple, Jacques a d me dire deux ts en tout, ce so? r... De toute facon, c'est une tendance que j'ai : je m'attends toujours mieux. (Un temps.) Oui ?... Ah merci...

jgle raccroche.

GEORGES - Tu l'aseu?

CHARLOTTE - Non. Pas de volture pour le moment ...

GEORGES - Ah... Trs b? en.

CHARLOTTE - )e vais attendre encore un peu...

GEORGES - Voil, je crois que j'ai une petite liste d'htels assez minables, ca devrait mieux correspondre... Alors, allons-y, Hotel des Voyageurs... ]e suis trs fatigu, tu n'es pas fatigue, toi \...

CHARLOTTE - Moi \... ]e frise le coma.,.

GEORGES - He he he he.., All, Hotel des Voyageurs ? ... Excusez-moi, jevousrveillecertainement... Non, pas du tout ? ... Boti, est-ce que, par has... C'est trs bien, c'est trs professionnel... Mais je n'en doute pas... (Ungrand temps. L'autreparie beaucoup.) Enfin, peu importe, moi fa ne m'aurait pas drang du tout, que vous dormiez,.. Bravo, Monsieur, bravo... Eh oui... Si tout le monde faisait son travaii correctement, j'ai bien compris, est-ce qu'il vous reste des chambres \... Une seule \... Ah, pas une seule \,., Merci... Oui, je vais essayer. Merci, vous aussi. Jacques fait son apparinoti, exagrment abattu lorsqu'H apertoti Charlotte.

JACQUES - )e te demande pardon, Charlotte, je suis trs emmerd... Et Mattine aussi, on ne s'attendait pas du tout fa, le contrie de cette soire nous a compltement chapp. Fred ne se rend compte de rien, on a toia jours beaucoup de probJmes avec lui, il n'a aucun discernement, il se comporte comme un irresponsable...

CHARLOTTE - Ce n 'est pas grave...

JACQUES - Je suis trs emmerd pour ton mari... li perd beaucoup...

CHARLOTTE - Ne t'en faispas, ceri'est pas trs important, ce n'estpas la premire fois qu'il joue, il aime beaucoup ca...

JACQUES - Je ne sais pas quoi te dire... Je suis plus qu'ennuy... J'ai honte... J'ai trs honte pour Fred... On ne sa? t plus o se mettre depuis tout l'heure...

GEORGES - Elle te dit que ce n'estpas grave... Jacques: Tu permets?... Je parie Charlotte...

CHARLOTTE - Cen'estpas grave, Jacques... Un tempi.

JACQUES - Moi, je suis dsol, je trouve au contrarre que c'est trs grave... Tu essaies de me rassurer, c'est dlicat de ta part, mais je sais que c'est trs grave, c'est moi qui ai invite ton mari, qui vous ai d'ailleurs invits tous les deux, ce n'tait pas pour vous faire tomber dans un guet-apens...

CHARLOTTE - Je te dis, et tu peux me croire, que mon mari estpassionnpar le jeu,il joue trs souvent, quelquefois il gagne, quelque-fois il perd, mais sincrement, tu n'as pas t'en faire pour fa... Et de toute fac.on, tu n'y es pour rien, tu ne pouvais pas prvoir...

JACQUES - j'aurais d... Connaissant Fred, j'aurais d... Il n'a aucun scrupule... Si j'avais rflchi un peu, je ne Paurais pas invite... Pfff... C'est minable, il est chez moi, il sa? t que je n'aime pas ses combines, mais il plonge sur la moindre occasion, il passe savieessayer d'arnaquer les gens...

GEORGES - Et alors '( Qu'est-ce que ca peut te faire <!... Si les gens sont ci'accorci...

JACQUES - je ne te demande pas ton avis, Georges, je sais ce que tu penses de tout fa5 tu trouves fa trs bien, toi... Ailleurs !! Ailleurs, je m'en fous, il fait ce qu'il veut, mais pas chez moi !!!... De quoi j'ai l'air, moi, hein^j'a? Vair dequoH

GEORGES - ]e peux te le dire, si tu veux... 11 y a un mot, qui me vient l'esprit...

JACQUES - Ah oui ? ... Ehbien, dis-le...

GEORGES - Un candidat. Un petit tempi,

JACQUES - Quo? , un candidat \

GEORGES - Un candidat quelque chose...

Un petti temps.

JACQUES - je ne comprends pas ce que tu veux dire, Georges, je ne suis pas d'humeur tre subt? l, l, en ce moment, je ne peux saisir que des choses claires..,

CHARLOTTE - Je vous

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il est crivain, homme politique, journa-l? ste, et animateur de tlv? s? on, il a des revenus!...

JACQUES - ia question n'est pas l, je te rpte que je suis chez moi, et que personne ne se fera arnaquer chez moi !!!

GEORGES - Qui a parie d'arnaque ;... Tu es le seul en parler ! Qui sous-entend devant Charlotte que son mari est en train de se faire voler ? ... Je ne veux pas te laisser dire ca, je l'ai regard jouer pendant plus de deux heures, Fred ne triche pas, crois-moi, Charlotte, il ne triche pas... Il joue la rgulire, il n'a forc personne, il n'y a pas de victime, Jacques, il y a un type qui abeso? n d'argent, et qui en gagne... ]e ne vois rien d'immoral, l-dedans !!!... Et si tu n'tais pas aveugl, je devrais dire bloui , tu t'en apercevrais aussi.

JACQUES - C'est TA facon de voir les choses, ne me dis pas comment je su? s, et comment je devrais tre, moi je me trouve simplement civilis, j'ai le sens de Thospitalit. (^a fa? t deux mois que tu en profites, tu devrais savoir de quoi je parie... A ce mommi, hedfait son entre. Il a du mai cacher sa foie.

FRED - Etvoil...

CHARLOTTE - C'est fini ?

FRED - Ou? ... Belle partie... Oufff... Trs jolie partie... j'aitouchtoutceque j'aivoulu... Malheureusement pour lui, qui a trs bien jou, d'ailleurs... Mais Jes cartes taient p* moi, cesoir...

GEORGES - Et tu gagnes combien ?

FRED - Qua tre-vingt mille.

JACQUES - Quoi ?

FRED - Quatre-vingt mille.

JACQUES - ( Fred) Et tu te crois ma? in ?...

Sur ces tnots, Martine entre en trombe,

MARTINE - Jacques, jet'en prie, tu nepeuxpas Jaisser faire fa...

JACQUES - Je men occupe, Martine, je suis en train de m'en occuper... ( Fred.) Qu'est-ce que tu comptes faire ?... Fred, tu vas te comporter correctement, j"'espre... Tu ne vas pas les prendre...

MARTINE - Mais il les a pris, il les a dj pris, iJ vient de lui donner un chque... Jacques ; l? t'a donne un chque de quatre-vingt mille francs ?

FRED - II les a perdus, il me les a donns, il n'y a rien d'extraordinaire...

JACQUES - Et tu crois que je vais te laisser escro quer les gens chez moi ?...

GEORGES - Ca y est, les grands mots, c'est reparti...

MARTINE : - (furieusement) Ou? , escroquer, exacte-ment !!!

JACQUES - Martine, ne commencons pas hurler, ne faisons pas d'esclandre...

FRED - Oui, j'ai gagn, j'ai gagn, on ne va pas en faire une histoire.,, : Non, ce n'est pas du tout ce que :evoulaisdire...

FRED - Oui, mais moi, c'est ca que je voulais dire...

Un tempi-

JACQUES -Bon... tu asle chque sur toi?...

MARTINE - Bien sur qu'il Va, jel'ai vu, je l'ai vu le prendre IH Ill'asur lui! \BD : je ne te dis pas le contraire, calme-toi, va prendre une douche froide, videmment que jel'ai... (e l'ai, et jelegarde.

MARTINE - je ne veux plus te voir ici, c'est la dernire fo? s que tu mets les pieds dans cette maison !!!

FRED - D'accord. C'est la dernire fois.

JACQUES - Tu veux garder cet argent ~i... Tu ne trouves pas que la plaisanterie est un peu longue, maintenant ? ...

Un tempii.

GEORGES - Tu l'as gagn, Fred, il est toi, ce chque... jet' ai vu jouer, tu asfait une belle partie, tu as compltement renvers la situa-tion... je t'ai trouv beaucoup de sang-froid, etbeaucoup d'audace, personnellement... Il est toi, ce chque.

FRED - Merci, Georges...

Un temps.

CHARLOTTE - Je peux me servir du tlphone, Martine pour un taxi \

MARTINE - Oui, je t'ai dj dit oui, vas-y... Sers- toi du tlphone !...

CHARLOTTE - (calmement) Merci... Tu es tr aimable...

Elle compose un numero et attend. Un temps.

JACQUES - Fred... Tu me dois combien ? Un petti temps.

GEORGES - (vers Charlotte) Je Je vois venir...

JACQUES - Et toi, Fred... tu me vois venir ?

FRED - Non, non, jesuis tout ama joie... Jene t'coutaisque d'une oreille...

JACQUES - Je te demande : tu me dois combien, moi ?

FRED - Soixante-dix mille... Ah oui, maintenant, je te vois venir... Un temps. Jacques sort son portefeuille.

JACQUES - Je te fais un chque de dix mille francs, et tu vas me donnei" le tien eri change,., Tu me dois soixante-dix mille, tu as cet argent sur toi, tu vas me le donner... Fred ; Et si je m'en vais, par exempie, corame si tu ne m'avais rien dit ?

JACQUES - Tu ne partiras pas d'ici avant de m'avoir rembours, Fred, il t'apay ce qu'il te devait, tu as trouv ca normal ?... AJors, paie ce que tu dois.

FRED - Tu m'en empcherais, donc...

JACQUES - Qui.

FRED - Physiquement ? ...On va essayer, alors... fapeutse tenter... (Un temps. Fred se dirige vers la terrasse. Jacques passe devant, et s'interpose.) Eh oui... il m'en empche... On ne peut pas toujours gagner. Vas-y, envoie-les, tes dix mille francs pourris... (Jacques s'exkute. l'chan^e F wkil Sans due un mot, Jacquesprendk chque, et sort vers le salon. ?ms, Fred se retournant vers Manine 🙂 Tu peux trefire, toi... Un ? on$ temps, soupir de Georges. Frevj : - (commepour rpondre Georges) II ne l'accep- terapas...

CHARLOTTE - Oui,bons... Oui, je vais vousle donner, mais est-ce que e.avous drangerait d'tre aimable, j'attends dix minutes, je vous dis bonso? r, vous ne me rpondez pas, et vous allez me raccrocher au nez, maintenant, j'imagine ? ... Ah, c'est une chance... ? amais !... Jamais '.!'.! Personne ne parie jama? s correctement !! On n'est pas des animaux, merde '.!... Oui, s'il vous plait... d'accord, j'attends, merci beaucoup...

Jacques rement.

JACQUES - Bon, tout est rgl, je lui ai rendu son argent... L'incident est clos.

MARTINE - Trs bien. Tu as trs bien fait.

Un temps.

JACQUES - 11 tait fat? gu, il m'a demand de vous dire bonnenuit... (l? ntemps,) Ah, Fred... Il raccompagne Marylin...

Un tttnps.

MARTINE - II est parti \

JACQUES - Oui... il est parti.

FIN

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