J’ai compromis ma femme

Jai compromis ma femme - WikisourceJai compromis ma femme

Un article de Wikisource.

(Redirig depuis J'ai compromis ma femme)

Aller : Navigation, Rechercher

Jai compromis ma femme

Jai compromis ma femme

Anonyme

Eugne Labiche

Sommaire [masquer]

1 Personnages

2 Scne premire

3 Scne II

4 Scne III

5 Scne IV

6 Scne V

7 Scne VI

8 Scne VII

9 Scne VIII

10 Scne IX

11 Scne X

12 Scne XI

13 Scne XII

14 Scne XIII

15 Scne XIV

16 Scne XV

17 Scne XVI

18 Scne XVII

19 Scne XVIII

20 Scne XIX

[modifier] Personnages

Comdie-Vaudeville en un acte

Par Eugne Labiche et Alfred Delacour

Reprsente pour la premire fois, Paris, sur le Thtre du Gymnase, le 13

fvrier 1861

Personnages

Acteurs qui ont cr les rles

Verdinet, agent de change: MM. Geoffroy

Galinois, ancien notaire: Lesueur

Ernest de Monnerville: Gilbert

Hector de Marbeuf: Tous

Jean: Lefort

Madame Dsaubrais: Mmes Georgina

Henriette Verdinet: Albrecht

La scne se passe Bagnres-de-Bigorre, dans un htel.

Le thtre reprsente un salon commun de l'htel; deux portes au fond; portes

droite et gauche; piano droite, deuxime plan; fauteuils, chaises, canap,

table, etc.

[modifier] Scne premire

Le thtre reprsente un salon commun de l'htel; deux portes au fond; portes

droite et gauche; piano droite, deuxime plan; fauteuils, chaises, canap,

table, etc.

Madame Dsaubrais, Henriette, Galinois, Hector; puis Jean

Au lever du rideau, madame Dsaubrais et Henriette sont assises gauche, prs

d'une table. Madame Dsaubrais fait de la tapisserie, et Henriette attache des

rubans son chapeau de paille. Hector est debout prs du piano et feuillette un

album; Galinois, assis, lit le journal.

Madame Dsaubrais, Galinois. - Est-ce tout, monsieur?

Galinois. - Absolument tout, madame... Ah! non, il y a encore la dernire page,

la liste des voyageurs arrivs cette semaine Bagnres.

Henriette. - Y sommes-nous, monsieur?

Galinois. - En tte, mademoiselle.

Henriette, bas madame Dsaubrais. - Mademoiselle!... Si mon mari l'entendait!

Hector, part, regardant Henriette. - Comme elle est jolie sans chapeau!

Galinois, lisant. - "Madame Dsaubrais et sa nice, de Paris..."

Madame Dsaubrais. - C'est bien cela.

Hector. - Et moi, monsieur?

Galinois. - Vous y tes aussi, jeune homme. (Lisant.) "M. Hector Marbeuf... de

Paris."

Hector. - Comment, Marbeuf? Ils n'ont pas mis de?

Galinois. - Si, ils ont mis: "de Paris."

Hector. - Non; ils n'ont pas mis: "de Marbeuf"?

Galinois. - Non, ils ont conomis la particule.

Hector. - Ca ne m'tonne pas... J'ai des ennemis dans la presse... mais je

rclamerai.

Galinois. - Tiens! ils m'ont estropi aussi. (Lisant.) "M. Gatinois, ancien

notaire." (Parl.) Je m'appelle Galinois... mais je ne rclamerai pas.

Henriette, se levant et mettant son chapeau, dont elle noue les rubans. - L!...

Maintenant je puis dfier le vent.

Hector, part. - Elle est encore plus jolie avec son chapeau.

Madame Dsaubrais, se levant, et Henriette. - Il est bientt midi... Si nous

allions la poste?

Henriette. - Volontiers! (Bas sa tante.) Nous y trouverons sans doute une

lettre de mon mari.

Hector, part. - Toute rflexion faite, j'ai envie de risquer ma demande en

mariage.

Jean, entrant par la porte du fond gauche; Galinois. - Monsieur, on envoie

dire de l'tablissement que votre bain est prt.

Galinois. - C'est bien... J'y vais.

Jean. - Je vous engage vous dpcher, parce que, vu l'affluence, on n'accorde

qu'une demi-heure chaque-baigneur.

Galinois, se levant. - Je le sais parbleu bien!... La demi-heure expire, crac!

on ouvre la soupape et vous tes sec!

Jean. - C'est le rglement.

Galinois. - Hier, j'ai chou dans ma baignoire.

Madame Dsaubrais, saluant. - Messieurs...

Hector. - Mesdames, voulez-vous me permettre de vous accompagner?

Madame Dsaubrais. - Avec plaisir.

Hector, part. - Je prends le bras de la tante... et, en route, je lui fais ma

demande.

Ensemble.

Air de Mangeant (Monsieur va au cercle)

Galinois

Du temps il faut qu'on profite,

Chaque moment est compt;

Au bain rendons-nous bien vite,

Car le bain, c'est la sant!

Jean

Du temps il faut qu'on profite,

Chaque moment est compt;

Au bain rendez-vous bien vite,

Car le bain, c'est la sant!

Hector, part

Lorsque la tante m'invite

Par un regard de bont,

Sachons profiter bien vite

Du bonheur d'tre cout.

Henriette et Madame Dsaubrais

A la poste allons bien vite;

De ce Paris regrett,

Une lettre a le mrite

De nous rendre la gat.

Hector sort par le fond, gauche, en donnant le bras madame Dsaubrais;

Henriette les suit; Galinois sort du mme ct.

[modifier] Scne II

Jean; puis Monnerville; puis Verdinet

Jean, seul. - Midi!... la diligence de Tarbes doit tre arrive.

Monnerville entre par le fond droite, suivi d'un commissionnaire qui porte sa

malle et son sac de nuit.

Monnerville. - Garon!

Jean. - Un baigneur!... Monsieur dsire une chambre?

Monnerville. - Mieux que cela, mon ami... un appartement.

Jean, dsignant une porte droite. - Nous avons le numro 7... Il communique

avec le 8 et le 9... Deux chambres et un salon.

Monnerville. - Trs bien.

Jean. - Un salon superbe, avec un portrait du patron peint par M. Jules...

lui-mme.

Monnerville. - M. Jules?... Qu'est-ce que c'est que a?

Jean. - C'est un peintre de Bagnres, qui nous devait cinquante francs.

Monnerville, riant. - Ah! je comprends! (Au commissionnaire, lui indiquant la

droite.) Par ici!

Il entre la suite d'un commissionnaire.

Verdinet, parat au fond gauche, portant un sac de nuit et un paquet envelopp

dans du papier, qu'il tient soigneusement du bout des doigts. - Garon!

Jean. - Monsieur! (A part.) Encore un baigneur?

Verdinet. - O est ma femme?

Jean. - Votre femme, monsieur?... Je ne la connais pas... Comment est-elle?

Verdinet. - Elle est... trs jolie!

Jean. - Dans notre tablissement, ces dames le sont toutes.

Verdinet. - Je te demande madame Verdinet... Henriette Verdinet!

Jean. - Nous n'avons personne de ce nom-l.

Verdinet. - Ah!... Au fait, c'est juste... Alors, o est ma tante?

Jean. - Quelle tante?

Verdinet. - Madame Dsaubrais!

Jean. - Madame Dsaubrais!... Ah! oui, monsieur... elle est ici... avec sa

nice... une charmante demoiselle.

Verdinet. - Eh bien, cette demoiselle-l, c'est ma femme!

Jean. - Ah bah!... Alors, vous tes son mari?

Verdinet. - Naturellement... O sont ces dames?

Jean. - Elles viennent de sortir pour aller la poste. (Indiquant la gauche.)

Voici leur appartement.

Verdinet. - C'est bien; je les attendrai... Ont-elles djeun?

Jean. - Non, monsieur, pas encore.

Verdinet. - Tu mettras un couvert de plus.

Jean. - Si Monsieur veut me donner son sac de nuit.

Il le prend, et veut s'emparer de l'autre paquet.

Verdinet. - Non, pas a, c'est sacr!

Jean entre gauche avec le sac de nuit.

[modifier] Scne III

Verdinet; puis Hector

Verdinet, montrant le petit paquet. - Des meringues la pistache que j'apporte

ma femme... C'est sa passion... Les meringues et moi, voil tout ce qu'elle

aime. Aussi, tous les jours, en sortant de la Bourse, j'entre chez Julien... le

ptissier du Vaudeville... et l'on peut me voir, entre quatre et cinq, avec ma

ficelle au bout du doigt... Par exemple, c'est la premire fois que je voyage

avec cette frle ptisserie... ce n'est pas prcisment commode... Je tiens cela

la main depuis Paris... je n'ai pas ferm l'oeil... Cependant,

Mont-de-Marsan, je crois que je me suis oubli un moment... j'ai bien peur de

m'tre endormi dessus... Voyons un peu...

Il ouvre avec prcaution un coin de papier pour s'assurer du dgt.

Hector, entrant par le fond droite, et part. - Marie!... elle est marie!

Au moment o je me disposais faire ma demande, j'ai appris que nous allions

la poste chercher une lettre de son mari.

Verdinet, part. - J'ai positivement dormi... Il y en a une douteuse. (Il pose

ses meringues sur la table. Apercevant Hector.) Eh! mais... je ne me trompe

pas... M. Hector de Marbeuf, mon client!...

Hector. - M. Verdinet, mon agent de change!

Ils se serrent la main.

Verdinet. - Ah! si je m'attendais vous rencontrer dans les Pyrnes...

Hector. - Et moi donc! (Il pose son chapeau sur les meringues.) Comme on se

retrouve!... Qu'est-ce qu'on fait Paris?

Verdinet. - On fait 69 70.

Hector. - Toujours agent de change?

Verdinet. - Toujours!... Parlez, j'ai mon carnet.

Il le tire de sa poche.

Hector. - Comment! d'ici?

Verdinet. - Par le tlgraphe... Nous disons deux cents Saragosse; on lutine

beaucoup les Saragosse, en ce moment.

Hector. - Oh! merci: je n'ai pas le coeur aux affaires: je suis amoureux.

Verdinet. - Amoureux! (Remettant son carnet dans sa poche.) Rien faire!

Hector. - Je n'ai pas de chance!... celle que j'aime est marie...

Verdinet. - Eh bien, a vous arrte?

Hector. - Dame!

Verdinet. - Moi, a ne m'arrtait pas... Au contraire!... J'avais la spcialit

des femmes maries... quand j'tais garon.

Hector, riant. - Vraiment?

Verdinet. - Ah! J'tais un fier bandit, allez!... le bandit Verdinet!... Mais,

maintenant, j'ai engraiss, je suis au parquet, je ne marivaude plus... qu'avec

les Saragosse! Vous n'y mordez pas? Bonsoir!

Fausse sortie.

Hector, le retenant et lui offrant une chaise. - Un instant, que diable!...

Peut-on demander M. Verdinet... au bandit Verdinet, quelle arme il employait

pour dvaliser les maris?

Verdinet. - Eh! je ne sais pas si je dois...

Hector. - Pourquoi?

Verdinet. - Au fait... un client... (Ils s'asseyent.) D'abord, mon cher ami,

quand vous voulez vous faufiler dans un mnage, ne vous prsentez jamais comme

garon!

Hector. - Vraiment!... Pourquoi a?

Verdinet. - Voyez-vous... les maris ne connaissent qu'un ennemi... le

clibataire... l'affreux clibataire! Ds qu'il parat, on ferme les portes, on

lve la herse et l'on crie sur toute la ligne: "Sentinelles, prenez garde

vous!..." Tandis qu'un homme mari... c'est un confrre, un alli; moi, j'tais

toujours mari depuis six mois.

Hector. - C'est trs joli... Mais, quand on demandait voir madame Verdinet...

Verdinet. - Ah! c'est l que mon triomphe commenait! Je m'levais vritablement

la hauteur de Machiavel! Je rougissais... je balbutiais... et je finissais par

avouer, en demandant le secret, que ma femme, la malheureuse... oubliant ses

devoirs et ses serments...

Hector. - Hein?

Verdinet. - Avait dsert le toit conjugal par un jour d'orage!...

Hector. - Comment! vous vous donniez pour un mari?...

Verdinet. - Compltement! Ah! dame, il faut du courage. Alors, il se passait

dans le mnage que j'attaquais deux phnomnes trs curieux... Le mari devenait

trs gai, il pouffait de rire en me regardant... les maris sont tonnants pour

rire de cela!

Hector. - Et la femme?

Verdinet. - La femme prenait des teintes srieuses... elle me regardait d'un air

singulier qui voulait dire: "Pauvre garon! si jeune! le voil seul, abandonn,

son avenir est bris..." Moi, je poussais d'normes soupirs; il ne faut pas

oublier a! Pour l'un, j'tais comique; pour l'autre, intressant. J'avais

besoin d'tre consol... et, comme les femmes ont par-dessus tout l'instinct de

la consolation...

Hector. - Mais c'est trs fort, cela!

Verdinet. - Tiens! si vous croyez que les agents de change sont des imbciles!

(Riant.) Je me souviens encore de ma dernire exprience... je l'ai pratique

sur un notaire...

Hector, riant. - Oh! un notaire!... Vous ne respectez rien!

Verdinet. - J'tais Plombires... Il y a trois ans... juste un an avant mon

mariage... Je m'ennuyais boire de l'eau... lorsqu'un jour, je rencontrai au

bras du dit notaire une petite femme... trs gentille, ma foi!... une brunette

avec des yeux bleus et des mains rouges... Ah! par exemple, les mains rouges...

me taquinaient!... Mais, en voyage... Le mari tait jaloux, ombrageux... ce

point que, pour rompre la glace, je fus oblig de corser mon petit mlodrame

conjugal... Je lui avouai que je m'tais appliqu cinq coups de couteau et

treize gouttes de laudanum pour ne pas survivre mon infortune!... Il ne tarda

pas me prendre en amiti... et, quinze jours aprs, il m'appelait Edmond... et

sa femme aussi! Il m'obligea venir habiter le mme htel que lui, nous

mangions ensemble, nous nous promenions ensemble... et sa femme aussi!... Il

organisait des parties de plaisir pour me distraire... car il tait bon, cet

homme!... mais il ne savait pas monter cheval... il nous suivait de loin...

sur un ne... en portant les chles et les ombrelles...

Hector, riant. - C'tait le tiers porteur!

Verdinet. - Ah! trs joli!... Au bout de deux mois, je voulus partir...

Impossible! Il trouvait que je n'tais pas assez consol... et sa femme aussi!

Il voulait m'emmener chez lui, sa campagne.

Hector. - Qu'avez-vous fait?

Verdinet, se levant, ainsi qu'Hector. - Je m'en suis dbarrass en lui donnant

mon adresse... une fausse adresse... et je n'en ai plus entendu parler!

Hector. - Ma foi! j'ai bien envie d'essayer de votre recette... qu'est-ce que je

risque?

Verdinet. - Mari et tromp! tout est l!

Hector. - Adieu!

Verdinet. - Vous sortez?

Hector. - Je vais boire mon second verre d'eau. (A part.) Je cours rattraper ces

dames!

Il prend son chapeau, qu'il avait pos sur les meringues, et sort vivement par

le fond gauche.

[modifier] Scne IV

Verdinet; puis Galinois

Verdinet, seul. - Sac papier! il a mis son chapeau sur les meringues! (Il

prend le paquet et soulve un coin du papier avec prcaution.) Ca y est!... il y

en a deux douteuses maintenant! Posons-les l!

Il place le paquet sur le piano.

Galinois, entrant furieux du fond droite. - A sec!... ils m'ont encore laisser

sec! je n'ai pas eu ma demi-heure!

Il pose sa canne avec colre sur le piano, et touche aux meringues.

Verdinet, se retournant. - Sapristi! faites donc attention!

Galinois, le reconnaissant. - Tiens, vous Edmond?

Verdinet, part. - Oh! ae! mon notaire de Plombires!

Galinois, lui serrant les mains, avec effusion. - Mon ami... mon bon ami!...

Verdinet. - Ce cher Gallinois! si je m'attendais le rencontrer...

Galinois. - Qu'tes-vous devenu depuis trois ans?

Verdinet. - Depuis trois ans...

Galinois. - Je suis all pour vous voir... rue des Petites-Ecuries...

Verdinet. - Vous ne m'avez pas trouv? J'ai dmnag!

Galinois. - Verdinet... je vous en veux de ne pas m'avoir crit!

Verdinet. - Que voulez-vous!... j'ai voyag...

Galinois. - Ah! oui!... pour oublier... toujours vos chagrins domestiques...

(Avec intrt.) Voyons, tes-vous plus heureux?

Verdinet. - Oui... oui... le temps... les distractions...

Galinois. - Pauvre ami!... Et ce misrable, qu'est-il devenu?

Verdinet. - Quel misrable?

Galinois. - Ernest...

Verdinet. - Qui a, Ernest?

Galinois. - Eh bien, Monnerville... celui qui a sduit votre femme!

Verdinet. - Chut! plus bas! (A part.) Un nom de station... ligne d'Orlans...

quatre kilomtres d'Etampes!

Galinois. - Qu'en avez-vous fait?... Vous vouliez le tuer?...

Verdinet. - Je m'en suis dbarrass...

Galinois. - Ah! et comment?

Verdinet. - Comment? (A part.) Il m'ennuie, ce notaire! (Haut.) C'tait un

soir... sur le boulevard... devant Tortoni. Le temps tait couvert... de gros

nuages blafards grimaaient l'horizon...

Galinois. - Ah! c'est horrible!

Verdinet. - Il achetait la Patrie, le misrable! D'un bond, je fus prs de lui,

et, d'un geste...

Galinois. - Hein?

Verdinet. - Je lui coupai la figure avec mon gant! V'lan! v'lan!

Galinois. - Une provocation! un duel!

Verdinet. - Rassurez-vous!... il a refus de se battre!

Galinois. - Le lche!... Et depuis?...

Verdinet. - Je n'en ai plus entendu parler...

Galinois. - Il est parti?

Verdinet. - Et il a bien fait... car si je le rencontrais!...

Galinois. - Je vous comprends...

Verdinet. - Mais ces dtails m'attristent... et, si vous voulez me faire

plaisir, Gallinois, nous ne parlerons plus de a!.... plus jamais! (Changeant de

ton.) Etes-vous pour longtemps Bagnres?

Galinois. - J'allais partir... ils ont une manire de baigner si dsagrable...

Mais vous voil... je reste!

Verdinet, vivement. - Ne vous gnez pas pour moi... je vous en prie...

Galinois. - Du tout! du tout! je sais ce qu'on doit l'amiti... je ne vous

quitte plus!

Verdinet. - Excellent ami! (A part.) Que le diable l'emporte! (Haut, avec

hsitation.) Et Madame? Madame est-elle avec vous?

Galinois. - Non... cette anne, je voyage seul.

Verdinet, part. - Je respire... c'est bien assez du mari!

[modifier] Scne V

Les Mmes, Henriette, Madame Dsaubrais

Henriette, paraissant au fond, et la cantonale. - Ma tante! ma tante! le

voici!

Verdinet. - Henriette!

Henriette. - Edmond!

Ils se jettent dans les bras l'un de l'autre et s'embrassent.

Galinois, part. - Tiens! ils se connaissent!

Madame Dsaubrais, entrant. - Mon neveu...

Verdinet, l'embrassant. - Chre tante!

Henriette. - Mais que c'est donc gentil toi d'tre venu nous surprendre...

Nous ne t'attendions que la semaine prochaine.

Verdinet. - Vous n'avez donc pas reu ma lettre?

Madame Dsaubrais. - Elle nous arrive l'instant.

Henriette. - C'est gal... j'tais bien sre que tu ne resterais pas huit jours

encore loin de ta femme...

Galinois, surpris. - Hein! sa femme! (Bas Verdinet.) C'est votre femme?

Verdinet, bas. - Oui... Plus bas!

Galinois, bas Verdinet. - Elle est donc revenue?... Vous l'avez donc reprise?

Verdinet. - Oui... Plus bas!... Je vous expliquerai cela... (Haut, se retournant

vers Henriette.) Ma bonne Henriette!

Henriette. - Avez-vous bien pens moi, Paris?

Verdinet. - Oh! a!

Galinois, part. - La petite gaillarde! Je lui aurais donn le prix Montyon!

Madame Dsaubrais - Mon neveu... permettez-moi de vous prsenter M. Galinois...

Galinois. - Ah! c'est inutile! nous nous connaissons depuis longtemps.

Henriette. - Ah bah!...

Galinois. - J'ai t son confident une poque..

Verdinet, bas. - Taisez-vous donc!

Galinois. - Enfin, je l'ai consol dans ses malheurs.

Henriette, Verdinet. - Tu as eu des malheurs, mon ami?

Galinois. - C'est vous qui le demandez!...

Verdinet, bas. - Mais taisez-vous donc! (A part.) Il est fatigant, ce

notaire-l! (Prenant le paquet aux meringues, et le prsentant sa femme.)

Tiens, chre amie, regarde...

Henriette. - Qu'est-ce que c'est que a?

Verdinet. - Tu ne reconnais pas la ficelle?

Henriette. - Des meringues la pistache!

Verdinet. - Que je t'ai apportes de chez Julien.

Henriette. - Oh! que tu es gentil!

Galinois. - Et il lui apporte des meringues la pistache! (Avec conviction.) Il

est excellent, cet homme!

Jean, entrant par la droite, le livre des voyageurs la main, Verdinet. -

Monsieur, votre djeuner est servi...

Verdinet. - Allons!

Jean. - Si Monsieur veut inscrire son nom sur le livre des voyageurs...

Verdinet. - Plus tard! aprs djeuner!

Ensemble

Air de Mangeant (des Vestes)

Verdinet et Henriette

Pour moi quel heureux jour!

J'oublie tout par ta prsence;

Les ennuis de l'absence

Font place aux plaisirs du retour.

Galinois, Madame Dsaubrais, Jean

Pour eux quel heureux jour!

Tout s'oublie par sa prsence;

Les ennuis de l'absence

Font place aux plaisirs du retour.

Henriette, madame Dsaubrais et Verdinet entrent par la gauche.

[modifier] Scne VI

Galinois, Jean

Galinois, part. - Il parat qu'il a pardonn, ce brave garon!...

Jean, tenant le livre des voyageurs, Galinois. - Monsieur... il vient de nous

arriver un grand personnage... un monsieur qui prend pour lui tout seul deux

chambres et un salon...

Galinois. - Ah!... Comment s'appelle-t-il?

Jean. - Attendez... il vient d'crire son nom. (Lisant.) "Ernest de

Monnerville."

Galinois. - Hein? Monnerville? (Il arrache le livre des mains de Jean.) C'est

bien cela!... Lui! dans le mme htel que Verdinet!

Jean. - C'est un beau jeune homme... il m'a donn cinq francs...

Galinois. - Pourquoi?

Jean. - Pour ma conversation... Il m'a demand des renseignements sur toutes les

personnes qui habitent l'htel... sur les dames surtout...

Galinois. - Ah! il s'est inform des dames?

Jean. - Oui, il m'a l'air d'un amateur.

Galinois, part, trs exalt. - Plus de doute!... il a suivi madame Verdinet...

il veut se rapprocher d'elle... Oh! mais je ne dois pas souffrir cela! Edmond

est mon ami... Ce monsieur partira... l'instant! (Haut.) Jean!

Jean. - Monsieur?

Galinois. - Prie M. Monnerville de venir me parler.

Jean. - A vous?... Oui, monsieur. (Voyant entrer Monnerville.) Le voici!

Galinois. - Laisse-nous.

Jean sort.

[modifier] Scne VII

Galinois, Monnerville

Galinois, part, aprs un change de saluts muets. - Il est beaucoup mieux que

Verdinet. (Haut.) C'est M. de Monnerville que j'ai l'honneur de parler?

Monnerville, tonn. - Oui, monsieur.

Galinois, appuyant. - Ernest de Monnerville?

Monnerville. - Oui, monsieur... mais je n'ai pas l'honneur...

Galinois, part. - C'est bien lui! (Haut, d'un ton solennel.) Monsieur, comme

ami... comme confident... et j'oserai mme ajouter, comme ancien notaire... il

est de mon devoir de vous dire...

La voix de Verdinet, dans la coulisse. - Garon! garon!

Galinois, effray, part. - Ciel! Verdinet!... S'ils se rencontraient!...

Monnerville. - Eh bien, monsieur?

Galinois, troubl. - Il est de mon devoir de vous dire... qu'une personne,

arrive de Paris, vous attend sous le vestibule... l'instant.

Monnerville, tonn. - Comment! dj?... Je n'attendais que demain... Merci,

monsieur!

Ils se saluent; Monnerville sort vivement par le fond.

[modifier] Scne VIII

Verdinet, Galinois

Verdinet, paraissant par la gauche. - Garon, du feu!

Galinois, part. - Il tait temps!

Verdinet. - Pendant que ma femme grignote ses meringues, je vais fumer un

cigare.

Galinois, part. - Pourvu que l'autre ne revienne pas!

Verdinet. - Ah! le livre des voyageurs... Il faut que j'inscrive mon nom.

Il prend le registre.

Galinois, le lui arrachant vivement. - Non, non!... c'est inutile!

Verdinet. - Quoi donc?

Galinois. - Rien... Je viens de l'inscrire moi-mme!... (A part.) S'il voyait le

nom de Monnerville!...

Verdinet. - Quel air tragique!

Galinois. - C'est le soleil... J'ai attrap un coup de soleil.

Verdinet, prenant le journal rest sur la table. - Le journal de la localit.

(Lisant.) "Liste des voyageurs..."

Galinois, le lui arrachant. - Non, non!

Verdinet. - Ah ! mais...

Galinois. - Je l'ai retenu avant vous!

Verdinet. - Oh! je ne suis pas press!... Quelle figure froce!

Galinois. - C'est le soleil!

La voix de Monnerville, dans la coulisse. - C'est une mauvaise plaisanterie!

Galinois, part, effray. - L'autre! (A Verdinet.) Votre femme vous appelle.

Verdinet. - Moi?... Je n'ai rien entendu.

Galinois. - Si, on vous demande... (Le poussant.) Allez! allez!...

Verdinet entre gauche, et Monnerville parat au fond, droite.

[modifier] Scne IX

Galinois, Monnerville

Galinois, part. - Il tait temps!

Monnerville. - Ah , monsieur... c'est une mystification... personne ne me

demande...

Galinois. - Chut!... Moins haut!... Je voulais vous loigner.

Monnerville. - Moi?... Pourquoi?

Galinois. - Il est ici.

Monnerville. - Qui?

Galinois. - Edmond!

Monnerville. - Quel Edmond?

Galinois. - Le mari... Verdinet!

Monnerville. - Verdinet?... Je ne connais pas!

Galinois. - Bien! jeune homme!... C'est trs bien, d'tre discret... mais je

sais tout... tout!

Monnerville. - Tout... quoi? (A part.) Il m'ennuie, ce monsieur!

Galinois. - L'histoire de vos amours avec madame Verdinet!

Monnerville, tonn. - Ah! vous savez?...

Galinois. - Qu'elle a quitt son mari pour vous.

Monnerville. - Madame Verdinet?

Galinois. - Il a bu du laudanum, lui, le malheureux!... Mais il l'a reprise...

sa femme!... il a pardonn!

Monnerville. - Oui.

Galinois. - Seulement, ds qu'il entend prononcer votre nom, il bondit!... Le

pass lui remonte au cerveau, et, s'il vous rencontrait...

Monnerville. - Eh bien?

Galinois. - Vous ne voudriez pas voir se renouveler ici la scne de Tortoni?

Monnerville. - Quelle scne?

Galinois. - Vous savez bien... pendant que vous achetiez la Patrie... le gant...

Monnerville. - Le gant?

Galinois. - Avec lequel il vous a coup la figure...

Monnerville. - Hein?

Galinois. - Vous avez mme refus de vous battre... Je connais toute l'histoire.

Monnerville. - Pardon, monsieur... De qui tenez-vous ces dtails?

Galinois. - Du mari lui-mme... de Verdinet.

Monnerville. - Ah! c'est lui qui vous a dit que j'avais sduit sa femme?

Galinois. - Oui.

Monnerville. - Qu'il m'avait soufflet?

Galinois. - Parfaitement.

Monnerville. - Et que j'avais refus de me battre?

Galinois. - Naturellement.

Monnerville. - Moi, Monnerville?...

Galinois. - Oui, Ernest de Monnerville.

Monnerville, part. - Voil qui devient curieux!

Galinois. - Monnerville, j'ai une prire vous adresser... comme ami... comme

confident... j'oserai mme ajouter, comme ancien notaire... Ernest, soyez

gnreux!.... Ne portez pas de nouveau le trouble dans un mnage que vous avez

dj... saccag.

Monnerville. - Soyez tranquille.

Galinois. - Je vous demande plus encore... Il faut vous loigner.

Monnerville. - Moi?

Galinois

Air: Partez, madame

Par amiti, rendez-moi ce service,

Pour assurer mon repos, mon bonheur,

Accomplissez ce dernier sacrifice...

Il cotera sans doute votre coeur;

Mais rendez-vous la voix de l'honneur.

Obissez... Dieu, qui nous rcompense,

Dans vos douleurs sera votre soutien,

Et vous aurez... l... votre conscience,

Qui vous dira: "Monnerville, trs bien!"

(Parl.) C'est convenu... vous allez partir?

Monnerville. - Un instant!

Galinois. - Il le faut!... La chambre de Verdinet est l... (Il indique la

gauche.) Evitez surtout de le rencontrer... La diligence part quatre heures...

rentrez... faites vos paquets... je vais retenir votre place.

Monnerville. - Mais, permettez...

Galinois. - Allons, Ernest, du courage... du courage!... Je vais retenir votre

place.

Il sort vivement par le fond droite.

[modifier] Scne X

Monnerville; puis Verdinet

Monnerville, seul. - Parbleu! je suis curieux de connatre ce mari... qui m'a

soufflet.... Voici sa chambre. (Il se dirige vers la porte de gauche; Verdinet

parat.) C'est lui, sans doute!

Verdinet, part. - Ma femme ne m'appelait pas du tout.

Monnerville, part. - Je ne l'ai jamais vu. (Haut.) C'est M. Verdinet que

j'ai l'honneur de parler?

Verdinet. - Oui, monsieur... Oserais-je vous demander mon tour?...

Monnerville. - Ernest de Monnerville!

Verdinet, part. - Tiens! ma station existe... (Haut.) Enchant, monsieur!...

Monsieur vient prendre les eaux?

Monnerville. - Il parat, monsieur, que j'ai sduit votre femme?

Verdinet, tonn. - Comment?

Monnerville. - Ah! ce n'est pas tout!... Il parat que vous m'avez soufflet...

et il parat que j'ai refus de me battre...

Verdinet. - Qui a pu vous dire?...

Monnerville. - Un de vos amis... un ancien notaire, qui me quitte l'instant.

Verdinet, part. - Il ne fait que des sottises, ce vieil animal-l!

Monnerville. - Vous comprenez, monsieur, que tout cela demande une explication.

Verdinet. - Oh! mon Dieu, monsieur... c'est bien simple... vous allez rire...

Monnerville, froidement. - Je ne crois pas, monsieur.

Verdinet. - J'tais jeune... j'tais garon... comme vous, peut-tre... Je

courais un peu les femmes... les femmes maries surtout... comme vous,

peut-tre.

Monnerville, froidement. - Veuillez continuer.

Verdinet, part. - Il ne rit pas! (Haut.) J'avais imagin une ruse charmante...

que je vais vous donner... vous pourrez en faire votre profit contre les

maris... (Riant.) Ah! ah! les maris!

Monnerville, froidement. - Aprs?

Verdinet, part. - Il n'est pas gai!... c'est un gandin... triste!... (Haut.)

Je me faisais passer pour un mari tromp... cela inspirait de la confiance; on

s'intressait moi, on me plaignait... on me consolait... et vous savez... de

la piti l'amour, il n'y a qu'un pas... (S'efforant de rire.) Un tout petit

pas.

Monnerville, srieusement. - Pardon, monsieur... mais je ne vois pas ce que mon

nom avait faire dans tout cela.

Verdinet. - Voil... Pour que ma femme ft sduite... il me fallait un

sducteur... Alors, j'ai pris un nom en l'air, un nom de station...,

Monnerville... ligne d'Orlans... quatre kilomtres d'Etampes... Je me disais:

"Cela n'existe pas..." Vous voyez, c'est bien simple! bien innocent... Touchez

l, monsieur!

Il lui tend la main.

Monnerville, froidement. - Je n'ai pas apprcier, monsieur, le plus ou moins

de bon got de vos ruses galantes... mais il n'en rsulte pas moins que M.

Ernest de Monnerville a reu un soufflet et a refus de se battre.

Verdinet. - Oh! a...

Monnerville. - Et comme je suis seul porter ce nom...

Verdinet, s'efforant de rire. - Et la station?... nous avons aussi la station!

Monnerville, trs srieux. - Excusez-moi... mais je ne gote pas cette

plaisanterie...

Verdinet, part. - Il ne rit pas!

Monnerville. - Je n'ai pas besoin de vous dire qu'il m'est impossible d'accepter

la position que vous m'avez faite... Je vous prie donc de reconnatre

publiquement que la scne de Tortoni est de pure invention...

Verdinet. - Publiquement?... Et ma femme!... Je ne peux pas aller lui

raconter...

Monnerville. - C'est juste... mais je vous prie alors de la dmentir auprs de

M. votre ami.

Verdinet. - Galinois?... Parfaitement! (Se ravisant.) Ah! c'est--dire... non!

c'est impossible!

Monnerville. - Pourquoi?

Verdinet. - Je ne peux pas aller raconter... (A part.) Le mari!

Monnerville. - C'est votre dernier mot?

Verdinet. - Oui... Si vous saviez... Vous allez rire...

Monnerville. - N'en parlons plus... (Changeant de ton.) Il y a, je crois, grand

concert ce soir au salon?

Verdinet. - Oui.

Monnerville. - Vous aimez la musique?

Verdinet. - Beaucoup!... Nous y serons tous... la Borghi chante...

Monnerville. - Je compte y aller faire un tour... vers huit heures...

Verdinet, part. - Il s'adoucit!... (Haut.) Enchant!... j'aurai le plaisir

de...

Monnerville. - J'aurai l'honneur de vous marcher sur le pied... huit heures un

quart.

Verdinet. - Hein?

Monnerville. - Vous me ferez l'honneur de vous fcher...

Verdinet. - Moi?

Monnerville. - Et j'aurai l'honneur de vous donner un soufflet.

Verdinet. - Un soufflet!...

Monnerville. - Oh! un soufflet... de bonne compagnie... avec le gant!...

Verdinet, part. - Il m'offre a comme une partie de dominos... (Haut.) Mais,

monsieur...

Monnerville, le saluant. - A ce soir, monsieur... huit heures un quart.

Il se dirige vers la porte.

Verdinet, part. - Plus souvent que j'irai!

[modifier] Scne XI

Les Mmes, Henriette, Madame Dsaubrais

Henriette, entrant. - Mon ami, une bonne nouvelle.

Verdinet. - Quoi?

Henriette. - Nous allons au concert ce soir... Voici les billets!

Verdinet, part. - Allons, bien!

Monnerville, part. - Ah! c'est l sa femme?... Mais elle est charmante.

Madame Dsaubrais, Verdinet. - Quant vos meringues, elle n'en a pas laiss

une seule.

Henriette. - C'est vrai... j'ai tout mang... mme les...

Verdinet. - Douteuses!

Monnerville, part. - Quelle ravissante petite femme! (Il s'approche de

Verdinet, bas.) Dites donc, j'ai chang d'avis... je ne vous marcherai pas sur

le pied.

Verdinet, avec joie. - Hein! vous renoncez au gant?

Monnerville. - J'y renonce.

Verdinet. - Ah! cher ami!... Je disais aussi...

Monnerville. - Savez-vous que vous avez une femme charmante?

Verdinet. - N'est-ce pas? Et en toilette!... Vous la verrez ce soir...

Monnerville. - Je l'espre bien!... ce soir... demain... tous les jours...

Verdinet, inquiet. - Comment, tous les jours!

Monnerville. - Dame!... vous m'avez fait passer pour son sducteur...

Verdinet. - Chut!...

Monnerville. - Et comme j'ai horreur du mensonge... je ferai tous mes efforts

pour que vous n'ayez pas menti...

Verdinet. - Plat-il?

Monnerville. - Prsentez-moi...

Verdinet. - Ah! mais non! permettez!...

Monnerville, avec menace. - Ah! prsentez-moi!

Verdinet, intimid. - Oui... certainement... (Aux dames.) Mesdames,

permettez-moi de vous prsenter M. de Monnerville... une station... une

connaissance...

Monnerville. - Comment, une connaissance! dites donc un ami... (Passant devant

Verdinet.) Et un bon ami... (A Henriette.) Vous me le devez, madame...

Madame Dsaubrais. - Comment?

Henriette. - Je vous dois mon mari, monsieur?

Monnerville. - Oui, madame. Il y a trois ans, j'ai t assez heureux pour lui

sauver la vie.

Verdinet, part. - Hein?... qu'est-ce qu'il chante?...

Monnerville. - Il pchait, la ligne... au bord de la Marne.

Madame Dsaubrais, riant. - Vous pchez la ligne?

Verdinet. - Moi?

Henriette. - Tu ne m'avais jamais parl de ce talent-l! Oh! que je voudrais

donc te voir avec un grand bton!

Elle rit.

Verdinet, part. - Il me rend ridicule, prsent. (Haut.) Je pche...

c'est--dire...

Monnerville, lui coupant la parole. - Il tait sur un train de bois...comme

a... occup ne rien prendre... Tout coup, le pied lui glisse, il

disparat...

Henriette et Madame Dsaubrais. - Ah! mon Dieu!

Verdinet. - Mais non.

Monnerville. - Hein?... Vous aviez disparu!... Moi, rveur au pied d'un saule,

je regardais couler l'eau. A la vue de ce malheureux qui se dbattait dans

l'abme, je me prcipite, je plonge, je le ramne!

Madame Dsaubrais et Henriette. - Ah!

Monnerville. - Il m'chappe!

Henriette et Madame Dsaubrais. - Ah! mon Dieu!

Monnerville. - Et redisparat sous le train de bois... Il tait perdu!...

Verdinet. - Mais...

Monnerville. - Vous tiez perdu! Je replonge, je le ressaisis par un bras, je le

ramne encore... Sa main crispe m'entrait dans les chairs... mais qu'importe!

je nage, je redouble d'efforts, j'arrive, enfin... il tait sauv!

Verdinet, part. - Ah , quelle histoire leur fait-il l?

Henriette, Monnerville. - Tant de courage! tant d'abngation! (Lui tendant la

main.) Permettez-moi de serrer la main d'un ami...

Monnerville. - Ah! madame!

Il lui embrasse la main.

Verdinet, s'interposant. - Mais, monsieur...

Monnerville, bas Verdinet. - Charmante! charmante!

Madame Dsaubrais, Verdinet. - Vous ne nous aviez jamais parl de cette

aventure.

Henriette. - C'est vrai. Est-ce que vous seriez ingrat, mon ami?

Verdinet. - Moi? Mais...

Monnerville. - Oh! non, Verdinet n'est pas ingrat! Si vous aviez t tmoin de

sa joie tout l'heure, en me retrouvant... ce cher ami!...

Il lui serre la main.

Verdinet, bas et vivement. - Monsieur, je ne vous connais pas, je vous dfends

de me serrer la main!

Monnerville. - Nous venions d'arranger une partie de cheval, en attendant le

dner.

Verdinet. - Une partie de cheval?...

Monnerville, Henriette. - Si Madame voulait nous faire l'honneur de se joindre

nous?

Henriette. - Oh! bien volontiers!

Verdinet. - Non, c'est impossible!

Henriette. - Pourquoi?

Verdinet. - Parce que... le temps n'est pas sr!

Madame Dsaubrais. - Un soleil magnifique!

Monnerville. - C'est convenu. Je vais commander les chevaux. (Bas Verdinet.)

Charmante! charmante!

Monnerville sort par le fond, droite.

[modifier] Scne XII

Henriette, Verdinet, Madame Dsaubrais; puis Galinois

Verdinet, avec humeur. - C'est ridicule! On n'accepte pas ainsi une promenade

avec un inconnu!...

Henriette. - Comment, un inconnu?

Madame Dsaubrais. - Un homme qui s'est jet dans la Marne!

Henriette. - Un jeune homme distingu!

Madame Dsaubrais. - Courageux!

Henriette. - Dvou!

Verdinet. - C'est cela!... montez-vous la tte! Vous ne savez donc pas...

Galinois, entrant vivement par le fond gauche, un papier la main. - Voil

votre billet! La diligence part quatre heures...

Verdinet, remontant. - Quoi? quel billet?

Galinois, surpris. - Non... rien... un billet de concert. (A part.) Monnerville

est rentr chez lui... je respire.

Henriette, Verdinet. - Mon ami, as-tu apport tes perons pour monter

cheval?

Verdinet. - Oui, j'ai tout ce qu'il me faut. (A part.) Nous ne sommes pas encore

partis!

Galinois. - Vous allez faire une promenade cheval?

Henriette. - Un temps de galop, avant dner.

Galinois, part. - Bravo! Pendant ce temps-l, j'embarquerai l'autre.

Madame Dsaubrais. - Mais, j'y pense, nous aurons un cavalier de plus...

Verdinet, descendant. - Encore!... Qui cela?

Madame Dsaubrais. - Un pauvre jeune homme qui est bien triste... Tout

l'heure, en revenant de la poste, il nous a racont ses malheurs...

Henriette. - Il a tent de se suicider avec du laudanum.

Verdinet, tonn. - Tiens!

Madame Dsaubrais. - Parce qu'au bout de six mois de mariage, il a t tromp

par sa femme.

Verdinet, tonn. - Tiens!

Galinois, bas Verdinet. - C'est comme vous.

Verdinet, bas. - Taisez-vous donc!

Il remonte.

Galinois, part. - Ils se sont donc tous donn rendez-vous ici?

Madame Dsaubrais. - Comprend-on qu'une femme soit assez oublieuse de ses

devoirs pour quitter le foyer conjugal!

Galinois, bas madame Dsaubrais. - Vous avez tort de lui dire a...

Madame Dsaubrais. - Pourquoi?

Galinois. - C'est maladroit!... On ne rappelle pas ces choses-l!

Henriette, Verdinet. - Nous allons te le prsenter... Il devait venir ici

deux heures, pour faire de la musique.

Galinois. - Nous tcherons de le distraire. (Bas Verdinet qui est descendu.)

Un collgue!

Verdinet, part. - Oh!... qu'il m'agace!...

[modifier] Scne XIII

Les Mmes, Hector

Hector entre par le fond avec des cahiers de musique sous le bras.

Henriette, l'apercevant. - Venez, monsieur, que je vous prsente mon mari.

Verdinet, saluant. - Monsieur... (Le reconnaissant.) Oh!

Hector, laissant tomber ses cahiers de musique. - Oh!

Henriette. - Vous vous connaissez?

Verdinet. - Beaucoup... Ce cher Hector... un client! (Bas.) Comment! je vous

prte mon fusil... et vous tirez sur moi!

Hector. - Je ne savais pas, je vous jure!

Galinois, part. - Du reste, il a bien une tte a, le petit!

Verdinet, part. - Ah! tu fais la cour ma femme, toi!... Je m'en vais te

couler. (Haut.) Il m'a bien souvent racont ses malheurs... ce pauvre ami! mais,

il faut tre juste, Hector... Tous les torts ne sont pas du ct de madame de

Marbeuf

Tous. - Comment?

Verdinet, Hector. - Vous tiez vif, et parfois votre main s'oubliait

jusqu'...

Henriette et Madame Dsaubrais. - Oh!...

Galinois. - Frapper une femme!...

Hector, protestant. - Mais, monsieur...

Verdinet. - Vous n'tiez pas non plus un mari trs exemplaire... et la chronique

parle d'une certaine danseuse...

Henriette et Madame Dsaubrais. - Oh!

Galinois. - Une sauteuse!...

Hector. - Permettez...

Verdinet, l'interrompant. - Avec laquelle vous ftes un souper... clbre!...

Vous ne rentrtes que le matin... encore fut-on oblig de vous rapporter... et

dans quel tat!...

Henriette et Madame Dsaubrais. - Oh!

Galinois. - Des amours alcooliques!

Hector. - Monsieur... mesdames! je vous jure...

Madame Dsaubrais. - Assez!...Ma nice, allons nous habiller!

Hector. - Mais...

Henriette. - Assez!

Elle rentre gauche avec madame Dsaubrais.

Verdinet, part. - En voil un de bless mort... A l'autre, maintenant...

Hector, Verdinet. - Ah ! monsieur, m'expliquerez-vous...

Verdinet. - Assez! assez!

Il entre gauche.

Hector, part. - Ah! c'est comme cela! Eh bien, je me vengerai!...

Il veut sortir, Galinois le retient.

Galinois, avec une indignation contenue. - Monsieur, je suis un homme calme...

Je suis un ancien notaire... Je ne veux pas excuser madame votre pouse... mais

je dclare qu'elle a parfaitement fait!

Hector. - Eh! vous m'ennuyez!... (A part.) Verdinet me le payera!

Il sort furieux.

[modifier] Scne XIV

Galinois; puis Jean; puis Henriette

Galinois. - Voil la jeunesse dore! des danseuses et de l'alcool!...

Monnerville doit avoir ferm ses malles... Je crains toujours une rencontre!

(Appelant.) Jean! Jean! (A Jean qui entre par la droite.) M. de Monnerville est

dans sa chambre?

Jean. - Non, monsieur; je l'ai aperu tout l'heure qui traversait le jardin.

Galinois, part. - Entre chez lui et prends sa malle.

Jean. - Comment, monsieur!...

Galinois. - Allons, dpche-toi! C'est convenu avec lui.

Jean. - Ah!

Il entre droite.

Galinois, seul. - Ses bagages une fois enregistrs, je ne le quitte pas jusqu'

l'heure du dpart... (Regardant sa montre.) Encore trois quarts d'heure...

Jean, reparaissant avec des bagages. - Voil; monsieur.

Galinois. - Porte tout cela la diligence.

Jean. - Comment! ce monsieur part?...

Galinois. - Va. Il m'a charg de payer sa note.

Jean. - Ah! il part!

Il sort par le fond, gauche, au moment o Henriette entre par la gauche.

Henriette, voyant sortir Jean. - Tiens! qui est-ce qui part donc? C'est vous,

monsieur Galinois?

Galinois. - Non... (Avec mystre.) C'est lui!... lui!

Henriette. - Qui, lui?

Galinois. - Ernest!

Henriette, tonne. - Ernest.

Galinois, lui prenant la main. - Du courage!... Plus tard, vous me

remercierez!... bien plus, vous me bnirez!

Il l'embrasse.

Henriette, se dfendant. - Moi!... et pourquoi?

Galinois. - Je vais le faire enregistrer. Adieu! (Revenant sur ses pas avec

motion.) Du courage! du courage!...

Il sort par le fond, aprs l'avoir encore embrasse.

[modifier] Scne XV

Henriette; puis Monnerville; puis Verdinet et Madame Dsaubrais; puis Galinois

Henriette. - Mais qu'a-t-il donc? Depuis ce matin, on dirait qu'il devient

fou... Au reste, tout est boulevers aujourd'hui: notre promenade cheval, dont

je me faisais une fte, mon mari a persuad ma tante qu'il n'tait pas

convenable de la faire avec un jeune homme que nous voyions pour la premire

fois... Quel ennui!...

Monnerville, entrant par le fond. - Madame, tout est dispos, les chevaux nous

attendent.

Henriette. - Mon Dieu, monsieur, je suis dsole, mais il me faut renoncer

cette partie.

Monnerville. - Comment?

Henriette. - Une migraine subite... Oh! je souffre horriblement.

Monnerville. - Ah! (A part.) Il y a du mari dans cette migraine-l. (Haut.)

Pauvre dame, je vous plains bien sincrement... c'est un si vilain mal...

Henriette, portant la main sa tte. - Oh! oui.

Monnerville. - Mais, si j'osais vous prier...

Henriette. - De quoi donc?

Monnerville. - De me confier votre main, je guris les migraines... (Il lui

prend la main.) En quelques minutes... par le magntisme.

Henriette, riant. - Ah bah! vraiment?

Monnerville. - Vous riez, cela va dj mieux.

Henriette. - Oh! non.

Monnerville. - Permettez!

Il lui tient une main et fait de l'autre des passes. Verdinet et madame

Dsaubrais entrent.

Verdinet. - Hein? que faites-vous donc?

Henriette, retirant vivement sa main et allant Verdinet. - C'est... c'est

Monsieur qui prtend gurir les migraines par le magntisme.

Verdinet, part. - Est-ce qu'il voudrait endormir ma femme?

Madame Dsaubrais, Monnerville. - Ah! monsieur... j'aurai recours vous, car

j'ai aussi des migraines horribles.

Verdinet, vivement. - C'est a, magntisez ma tante. (Bas madame Dsaubrais.)

C'est un bon tour lui jouer.

Madame Dsaubrais, pique. - Qu'appelez-vous un bon tour?

Verdinet. - Non... ce n'est pas cela que je voulais dire.

Monnerville. - Que viens-je d'apprendre, mesdames, il nous faut renoncer notre

partie?

Verdinet. - Compltement. (Avec ironie.) Vous m'en voyez dsespr.

Monnerville. - C'est une heure de plaisir dont vous me privez. (A madame

Dsaubrais.) Et je demande la permission de la passer auprs de vous.

Madame Dsaubrais. - Mais, bien volontiers, monsieur. (Bas Verdinet.) Il est

parfaitement lev, ce jeune homme.

Verdinet, Monnerville. - C'est a, tenez compagnie ma tante. Henriette et

moi, nous allons faire un tour de jardin.

Madame Dsaubrais, bas Verdinet. - Vous n'y pensez pas!

Verdinet, bas. - Quoi donc?

Madame Dsaubrais. - Me laisser seule avec ce jeune homme!

Verdinet, part. - Ah! sapristi! si je ni 'attendais celle-l?...

Henriette touche quelques notes.

Monnerville, allant elle. - Ah! Madame est musicienne?

Henriette. - Oh! comme tout le monde... Et vous, monsieur?

Monnerville. - Oh! trs peu, madame.

Verdinet, part. - C'est--dire pas du tout. (Tout coup) Tiens! si je le

faisais chanter... un moyen de le couler. (Haut.) Ernest, chantez-nous donc

quelque chose pour ces dames.

Henriette et Madame Dsaubrais. - Ah! oui.

Monnerville. - Moi?... J'en suis incapable!

Verdinet. - Allons donc! vous avez une voix charmante et une mthode...

Monnerville. - C'est une plaisanterie!

Verdinet. - Vous nous avez ravis toute une soire.

Monnerville, tonn. - Quand donc?

Verdinet. - Vous - savez bien... le soir o vous m'avez repch... le soir du

train de bois!

Monnerville. - Ah! oui... c'est vrai... je m'en souviens maintenant.

Madame Dsaubrais. - Oh! monsieur, je vous en prie...

Henriette. - Voyons, ne vous faites pas prier.

Verdinet, insistant. - Oh! Monnerville, Monnerville!

Monnerville. - Allons, mesdames... puisque vous le voulez... mais je plains vos

oreilles.

Verdinet, part. - Nous allons assister quelque chose d'atroce. (Haut.)

Henriette, ton duo... ton nocturne... ton petit duo de l'Etoile... (A part.)

Hriss de difficults!

Il s'assied prs de la table, et madame Dsaubrais sur le canap.

Henriette, Monnerville. - Le connaissez-vous?

Monnerville. - Je dois le connatre... Je suis vos ordres. Veuillez commencer.

Verdinet, part. - Je m'attends un dluge de couacs!

Duo de Couder

Henriette, chantant

Le ciel est pur, la nuit est belle,

L'ombre se fait autour de nous;

L-bas, une toile tincelle

Fixant sur nous son oeil jaloux.

Verdinet, applaudissant. - L'oeil jaloux d'une toile! Trs bien, trs bien! (A

part.) A lui, maintenant... nous allons rire!

Monnerville, chantant

Calme tes craintes, tes alarmes...

Verdinet, tonn. - Tiens!

Monnerville, chantant

Elle brillait, je m'en souviens,

Le soir, o tout baign de larmes,

Mon regard rencontra le tien.

Verdinet. - Brava! brava! (A part.) C'est--dire non!... Il a une voix

charmante, l'animal.

Monnerville

Douce toile de nos amours,

Brille longtemps, brille toujours!

Madame Dsaubrais. - Oh! trs bien... trs bien!

Verdinet, part. - Sapristi! je suis vex de l'avoir fait chanter.

Henriette et Monnerville, ensemble

Douce toile de nos amours,

Brille longtemps, brille toujours!

Galinois, entrant. - Il est quatre heures. (S'arrtant.) Hein?... Lui, avec

elle?

Madame Dsaubrais. - Chut! Taisez-vous donc!

Elle fait signe Galinois de s'asseoir.

Monnerville et Henriette

Ah! ah! ah! ah!

Brille toujours,

Etoile de nos amours!

Galinois, bas Verdinet. - Mais c'est lui... Monnerville!

Verdinet. - Je le sais bien!

Galinois, part, tonn. - Il lui a donc pardonn aussi?

Le duo finit.

Madame Dsaubrais, applaudissant. - Oh! bravo! charmant!

Elle va au piano; Verdinet descend avec Galinois.

Henriette, qui s'est leve. - Mais vous avez une voix remarquable... N'est-ce

pas, mon ami?

Verdinet. - Oh! oh!

Galinois, l'imitant. - Oh! oh!

Verdinet. - Tnor lger.

Galinois. - Trop lger!

Madame Dsaubrais, Monnerville. - J'ai entendu cet hiver une romance dont je

raffole... et qui est tout fait dans votre voix: les Adieux Venise.

Henriette. - Je l'ai malheureusement laisse Paris.

Monnerville. - Je crois l'avoir apporte... et, si vous voulez me permettre...

Madame Dsaubrais. - Oh! je vous en prie... allez la chercher.

Galinois, part. - La tante prte les mains un commerce de romance, oh!

Monnerville, bas Verdinet, au fond. - Charmante! charmante!

Il entre droite.

[modifier] Scne XVI

Madame Dsaubrais, Verdinet, Henriette, Galinois

Verdinet, part. - Il me faut prendre un parti... a ne peut pas durer comme,

a! (Haut.) Vite, mesdames, vos malles, vos paquets!... Nous partons!

Galinois. - C'est a, partez!

Madame Dsaubrais. - Comment! nous partons?

Henriette. - Et o allons-nous?

Verdinet. - En Suisse... Non, en Italie!

Henriette. - Comme cela... tout de suite?

Madame Dsaubrais. - Mais qu'est-ce qui vous prend?

Verdinet. - C'est cette romance dont vous avez parl... Venise!... Je veux voir

Venise!

Galinois. - Venezia la Bella!

Henriette. - Mais nous connaissons l'Italie.

Verdinet. - L'ancienne!... pas la nouvelle!

Galinois. - Ca ne se ressemble pas.

Verdinet. - Allons!... vite, vite!

Madame Dsaubrais. - Mais, mon neveu...

Henriette. - Mais, mon ami...

Verdinet. - Vos malles! vos paquets!

Elles sortent.

[modifier] Scne XVII

Verdinet, Galinois; puis Jean

Verdinet, avec animation. - Il marche, mon ami, il avance, il fait des progrs!

Galinois. - Mais il ne peut pas en faire plus qu'il n'en a fait.

Verdinet, tonn. - Hein? Ah! oui... c'est juste!

Jean, entrant, un bouquet la main, Galinois. - Madame Verdinet n'est pas l?

Verdinet. - Qu'est-ce que tu lui veux? (Voyant le bouquet.) Un bouquet!... pour

ma femme!

Il le prend.

Jean. - Mais, monsieur...

Verdinet. - Laissez-nous... Sortez! (Jean sort, Verdinet trouve un papier dans

le bouquet.) Un billet!

Galinois. - Ce Monnerville est cynique... Rien ne l'arrte.

Verdinet, ouvrant le bouquet. - Tiens! ce n'est pas de lui!

Galinois. - Il y en a un autre?

Verdinet, voyant la signature. - Hector de Marbeuf.

Galinois. - Le petit!

Verdinet, lisant. - "Madame, je vous aime trop pour vous tromper..." (Parl.)

Ah! le drle, il payera pour tout le monde... Tenez, lisez!

Il remet le billet Galinois.

Galinois, mettant son binocle et lisant. - "Madame, je vous aime trop pour vous

tromper... je pars, mais je tiens ne pas vous laisser de moi une opinion que,

je ne mrite pas... M. Verdinet m'a calomni..."

Verdinet, trs exalt. - Paltoquet!

Galinois, lisant. - "Je n'ai jamais t mari... ni tromp..."

Verdinet. - Ca, c'est vrai!

Galinois, lisant. - "C'tait une ruse qui m'avait t suggre par M. votre

mari."

Verdinet. - Exact!

Galinois, lisant. - "Et qui lui avait parfaitement russi Plombires... il y a

trois ans."

Verdinet. - Parfaitement!... Figurez-vous... (S'arrtant en voyant Galinois.)

Oh!

Galinois. - "Pour sduire la femme d'un imbcile de notaire..."

Verdinet, reprenant le billet. - Assez!... Donnez!

Galinois, cherchant. - Voyons donc!... Un imbcile de notaire, Plombires; il

y a trois ans; mais il n'y avait que moi d'imb... de notaire Plombires.

Verdinet, part. - Patatras!

[modifier] Scne XVIII

Les Mmes, Monnerville

Monnerville, sortant de sa chambre. - Garon!... o diable sont mes malles?

Galinois. - Sur l'impriale de la diligence!

Monnerville. - Comment?

Galinois. - Mais vous voil, tout va s'claircir... Monsieur Monnerville, soyez

franc: vous n'avez jamais connu madame Verdinet... vous n'avez jamais reu de

Tortoni sur la figure... c'est--dire, enfin... je sais tout.

Monnerville. - C'est vrai!

Galinois. - Ainsi, cette comdie tait invente pour tromper un imbcile de

notaire.

Monnerville. - Ah bah!

Galinois. - Oui, monsieur, et c'tait moi l'imb... le notaire.

Monnerville, riant. - Comment?

Galinois, Verdinet, d'un air sombre. - Mais tout n'est pas fini, monsieur.

Verdinet, Galinois. - Pas d'clat!... Je suis vos ordres!

Galinois, voyant entrer Henriette et madame Dsaubrais. - Chut! ces dames!

[modifier] Scne XIX

Les Mmes, Henriette, Madame Dsaubrais

Madame Dsaubrais. - Nous voil prtes!

Henriette. - Eh bien, partons-nous?

Verdinet. - Plus tard!... Auparavant, j'ai une affaire rgler avec M.

Galinois.

Henriette et Madame Dsaubrais, tonnes. - Tiens!

Monnerville. - Puisque vous restez, mesdames, je vous demanderai la permission

de vous prsenter ma femme, qui arrive demain, avec sa mre.

Verdinet, Henriette, Madame Dsaubrais. - Vous tes mari?

Monnerville. - Depuis quinze jours... et je suis venu pour retenir l'appartement

de ces dames.

Verdinet, part. - Ah! si je l'avais su!

Monnerville, bas Verdinet. - Vous tes bienheureux que je sois mari... Sans

cela...

Verdinet, lui serrant la main. - Cher ami, je vous comprends! (A part.) Voil

une affaire rgle. A l'autre. (A Galinois.) Votre heure, monsieur?

Galinois, bas. - Ah! vous tes bien heureux que je ne sois pas mari... Sans

cela...

Verdinet. - Comment, cette dame aux mains colores...

Galinois, l'cart. - Chut! une faiblesse!

Verdinet, joyeux. - Ah bah! c'tait?...

Galinois. - Une dame de compagnie... qui daignait, de temps autre, me faire

des petits plats sucrs.

Verdinet, part. - Hein?... Sa cuisinire?...

Ensemble

Air de Couder

La douce, l'heureuse existence,

Chaque jour nous amne ici

Une nouvelle connaissance,

Qui, plus tard, devient un ami.

Verdinet, au public

Air d'Yelva

J'ai fait ce soir un acte tmraire;

J'ai dvoil mes ruses d'autrefois.

Pour s'en servir, plus d'un clibataire

Applaudira du geste et de la voix.

Mais les maris vont me trouver infme;

Pas de fureur! c'est assez, je le sais,

D'avoir os compromettre ma femme

Sans compromettre encore le succs.

Je me dirai: "J'ai compromis ma femme,

Mais je n'ai pas compromis le succs."

RIDEAU

Rcupre de http://fr.wikisource.org/wiki/J%E2%80%99ai_compromis_ma_femme

Catgories: Documents | Thtre

AffichagesTexte Discussion Modifier Historique Outils personnelsCrer un

compte ou se connecter LireAccueil

Index des auteurs

Chronologie

Portails

Aide au lecteur

Une page au hasard

diterScriptorium

Aide

Modifications rcentes

Rechercher Bote outilsPages lies

Suivi des liens

Importer une image ou un son

Pages spciales

Version imprimable

Lien permanent

Citer cet article

Dernire modification de cette page le 22 septembre 2006 21:59 Contenu

disponible sous GNU Free Documentation License. Politique de confidentialit

propos de Wikisource Avertissements

    Questo copione è stato visto: