Racine carree de Deux

RACINE CARREE DE DEUX

De Adriano Bennicelli

Texte vainqueur de la II dition de ladjudication de lcriture thtrale Diego Fabbri, Centre Diego Fabbri de la ville de Forl (Italie)

Ouverture du rideau. Lhomme est assis sur une chaise. Il mime une expression drle.

TOM ET JERRY VIEUX

TOM: Je fais les ttes. (il mime) Je le fais quand je mnerve, cest ma faon de me calmer. Je faisles ttes et je me dtend. Maintenant, par exemple, jimitais George Clooney quand la femme maniacodpressive lui dit No Martini, no party ! et claque la porte... A ce point-l, il regarde juste un peu vers la camra et fait la tte (il mime). Cest peine esquiss, un millimtre de tte, disons. Cest l quil faut tre dou. Quand je suis nerveux je choisi une tte ... et je la fais.

Non... cest que je suis la retraite depuis ce matin. Je sais, on dirait pas. En effet... Dautre part cest bien vrai que, comment dit-on? Le vrai ge nest pas celui du registre dtat civil ; cest celui qu ont se sent. Et en effet comment je me sent? Une horreur. Un peu parce que je me suis retrait ce matin et alors cest facile de dire le vrai ge est celui que tu te sens ; un peu parce que... si seulement je savais ce que jai fait pendant 35 ans pour me mriter la retraite... On lentrevoie, on le dduit, cest crit. Cest la lettre de lAssurance Retraite. Trente-cinq ans de cotisations, tout est rgulier... Cest crit. Mon travail a un nom et prnom : agent monomandataire... Dans toutes ces annes je crois davoir compris ce que a veut dire : agent, qui vient du verbe agir, monomandataire, qui agit une fois seulement. Cest dire que aujourdhui jai une retraite parce que une fois... jai agi ! ( la femme) Hein, Jerry, tu te souviens? Je sais seulement que ctait une question de numros... de calculs... de algbre... Moi ? La mathmatique, moi ? Moi qui a toujours t un lac de la mathmatique, un qui ne croyait pas ce Dieu qui te adulait depuis les premires annes dcole avec des expressions affriolantes, des formes persuasives...sinus ! Hein ? Le sinus (il mime avec les mains une chose ronde) ... le cosinus ! (il mime avec les mains une autre chose ronde). Sinus et cosinus. Comme Laurel et Hardy. Tu te fiait... ronds, bons, gros... un peu alambiqus mais... on comprenait pourquoi ils les avaient appel ainsi ! Pour rsoudre le passage difficile de maman lcol . Et tu sentais que tu tapprochais tout lentement vers ce monde petits carre... doucement... mais juste quand tu commenais a te laisser aller cette logique laquelle chaque nom correspondait une image vocatrice... Traaara ! La drive ! Drive de quoi ? A partir de qui ? Qui est ce mandant ? Quest-ce quil y a derrire tout a ? Les expressions ? Ok, pour les expressions. Je veux mexprimer. Oui daccord, mais les expressions avec deux inconnues ! Pourquoi ? Jai besoin dtre rassur, je nai pas besoin dinconnues, jai seulement dix ans... Je veux tre rassur ! Les problmes de mathmatiques ! Mais est-ce quil ny avait pas un terme plus appropri pour

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lenfance pour dcrire la situation existentielle dun... agriculteur, possesseur de 42 animaux entre poules et lapins, qui, conscient du fait que le numro des pattes... est le triple de celui tes ttes...

se trouve dans lembarras de reconnatre... combien sont les poules et combien les lapins !? Le lapin a deux oreilles longues, des grandes dents... tandis-que les poules.... si ceux-ci sont les

problmes dun agriculteur... Je veux faire lagriculteur ! Donc, ces conditions, je ne pouvais pas tre un bon agent monomandataire ! (pause) Et en consquence je ne crois pas de mriter cette retraite. Hein, Jerry, quest-ce-que tu dis ? Ah, Jerry, toi tu est vraiment toute une autre histoire...

(musique) TOM ET JERRY ENFANTS

JERRY : Salut, je mappelle Graldine, mais la maison on mappelle Jerry. Si tu veux, toi aussi tupeux mappeler Jerry. Et toi comment tu tappelles ?

TOM : Moi... (il russit seulement commencer)

JERRY : Moi jhabite dans la maison rouge devant le croisement, avec ma maman, mon papa,

Trotzki, Nikita e Gandhi, qui sont mes trois chiens de race chihuahua, tous gales ceux de

Brigitte Bardot. Et toi ?

TOM : Non... moi non. Moi je nai pas le droit davoir un chien, ma maman dit quelle on a marrede faire la servante nous, figures-toi un chien...

JERRY : Non, je disais, o habites-tu?

TOM : Ah... oui, bien sr, moi...

JERRY : Mon pre fait lartiste minimaliste animaliste, et le tien ?

TOM : Quest-ce quil fait ton pre ?!

JERRY : Le minimalisme animaliste est une courante artistique qui dnonce les abus sur lespcebovine, porcine et chevaline... je crois aussi lapine, maintenant je ne me souviens pas. Tu en a srement entendu parler...

TOM : Assez...

JERRY : Mon pre est lauteur de luvre le petit cochon va au supermarch ...

TOM : Ah, une uvre... charge...

JERRY : Trs charge, trs charge

TOM : Justement, trs charge. Cest--dire, non, je voulais dire... Et de quoi il sagit ?

JERRY : Cest le cadavre dun petit cochon sectionn dans sa longueur en deux morceaux. Lesdeux moitis sont dans une vitrine, dabord les vitrines sont attachs, puis un visitateur arrive et si il veut il peut bouger les deux moitis, comme si un bout de cochon voulait schapper soi-mme...

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TOM : Mais... un cadavre... mort ?! (il fait une tte dgoute)

JERRY : Oui, mort. Papa dit que la moiti qui senfuit, senfuit vers un destin quil naccepte pas.Et o il fuit ?

TOM : ... Au supermarch... (tte drange)

JERRY : Oui, minimalisme animaliste.

TOM: Mais ton pre, il les vend ses uvres?

JERRY: Le petit cochon va au supermarch a t achet dix millions. Mais quelle tte tu fais?

TOM: Non, rien, cest que ma maman a cuisin le cassoulet pendant quon le mangeait ilsemblait bon mais maintenant jai limpression quil retourne pourtant dix millions cest beaucoup!

JERRY: Jamais comme les vingt-cinq quun Amricain a pay pour a fait cinq kilos, quest-ce-que je fais? Je les laisse?

TOM: Et cest quoi?

JERRY: Rien, pratiquement luvre complte reprsente un bovin adulte, attach un mur, maissectionn en tous ses morceaux comestibles, les pattes, la queue, la tte, le cou, la rate, le fois, les yeux, la langue

TOM: La langue aussi?

JERRY: Le cerveau, le cervelet

TOM: Et pourquoi?

JERRY: Parce que Epicure disait que nous sommes ce que nous mangeons, alors lartiste, cest--dire papa, avec cette uvre il veut dmontrer que bien que lon puisse sacharner sur le cadavre dun bovin adulte, pour question de nourriture, il y a toujours un morceau qui nest absolument pas comestible

TOM: Ecoute.. Je ne veux pas dire que ton pre nest pas dou, mais

JERRY: Et tu sais quel est le seul morceau qui nest pas comestible

TOM: (son visage devient pale) Le front

JERRY: Non la prostate.

TOM: Non, je disais le frontTu me tiens une main sur le front?

JERRY : Pourquoi ?

TOM: Je crois que je dois vomir

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JERRY : Comment, vomir ? Non, attends, moi je ne sais pas trs bien comment...

TOM : Le front...

JERRY : Quelle main ? La droite ? La gauche ?

TOM : Le front ! (il vomit pli en deux avec Graldine qui lui tient le front)

TOM ET JERRY VIEUX

TOM : (en levant la tte avec expression satanique) Pourquoi tu me fais a Denny ? Sympa, hein ?Cest la tte qui fait la gamine de lExorciste quand il vomit vert... Je la faisais souvent lcole, quand le professeur nous torturait pour savoir le quantitatif de lait vendu par jour par un agriculteur qui produit 78,5 litres de lait, en crmant partiellement 1,5 litres et en mettant de ct pour la famille 3,75 litres. Pourquoi tu me fais a Denny ? Cest normal que si lagriculteur cest le mme qui ne distingue pas un lapin dune poule, il ne russira jamais a vendre le lait partiellement crm... Il vendra du crottin ! a na pas t un grand dbut avec Graldine... Mais elle ne semblait pas trop troubl par le fait quelle a d simproviser infermire... au contraire. A partir de ce jour-l nous avons commenc nous rencontrer tous les aprs-midi dans un petit jardin derrire sa maison.

TOM ET JERRY ENFANTS

JERRY : Comment dis-tu que tu tappelles ?

TOM : Je ne te lai pas dit, jaurais voulu, mais tu bavarde, tu bavarde...

JERRY : On joue ?

TOM : Non, maintenant je te dis comment je mappelle : Thomas

JERRY : Comme saint Thomas...

TOM : Ben oui chacun de nous a son saint, si je mappelai Frank, quest-ce-que tu disais,comme saint Frank!

JERRY : Non, a na rien voir, maman dit que Saint Thomas est un saint spcial...

TOM : Alors que Saint Frank...

JERRY : Est-ce-que je peux tappeler Tom ?

TOM VIEUX

TOM : Elle pouvait mappeler comme elle voulait... Tom... Sylvestre... Speedy Gonzales... cemoment-l, pour moi, tout ce quelle disait ctait pour moi comme les mots de Tintin pour Milou...

Ceux de Astrix pour son copain Oblix... Ceux de Zorro pour Bernardo, son serviteur muet. Cependant moi aussi jtais muet... Seulement elle parlait !

TOM ET JERRY ENFANTS

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JERRY : Tom. Comme Tom Wolfe, mon auteur prfr.

TOM : Elle me semblait tellement diffrente de toutes les autres filles que je connaissais...

JERRY : Ma maman nous lit tous les soirs une page ; ce sont des contes fantastiques... (ellecontinue parler en diminuant le volume)

TOM : Bon Dieu, ce temps-l je navais pas toutes ces expriences avec les filles...

JERRY : On joue ? Non ? Cest moi qui a gagn !

TOM :... mais dans ma classe il y avait des filles... il y avait : Dubois, grande mangeuse de Tuc,qui dix ans pesait dj quatre-vingt kilos... Et puis il y avait Leclercq, qui ntait pas moche, blonde... mais son vocabulaire avait seulement trois mots : merde-quelle-gaffe. Chaque fois quil se passait quelque chose autour delle il y avait une motivation pour exclamer merdequellegaffe! Non, coute, je devrais crire quelque chose... ! merdequellegaffe! Compris ? Toujours cette merde... Plutt mer-the, elle avait lappareil, merthequellegaffe. Roux, sympathique, mme trop...

toujours avec ses blagues... euh quest-ce-que tu as ici ? (il indique sous le menton et mime une chiquenaude sur le nez) Elles taient toutes sympas, mais... normales.

TOM ET JERRY ENFANTS

JERRY : On fait un jeu ?

TOM : Oui !

JERRY : Tu as envie de jouer aux petits anesthsistes ?

TOM : Ouiiiii... Je ne sais pas... cest amusant ?

JERRY : Ca dpend. Ca dpend du genre danesthsie, du comportement du patient...

TOM : Je nai pas compris.

JERRY : Tu dois imaginer que on tenlve lappendicite On te fais respirer un gaz qui tendors etainsi tu ne sens pas la douleur du bistouri qui te coupe le ventre...

TOM : Et alors ?

JERRY : Mon pre dit quen Amrique il y a des artistes qui recherchent ce genre de sensationpour augmenter leur crativit...

TOM : Cest--dire ? Ils enlvent leurs appendicites ???

JERRY : Mais non ! Ils inspirent des gaz qui les font presque svanouir et dans cette tat entre lavie et la mort ils sinspirent pour les grandes uvres...

TOM : Comme celles de ton pre... Maintenant jai compris !

JERRY : Non, cest des peintres... Tu veux essayer ?

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TOM : Tu te fous de moi ? Non, non, je ne veux mme pas en parler...

JERRY : Mais pas toi ! Nous cherchons un patient sur lequel faire lexprience ...

TOM : Mais o tu veux que lon trouve un artiste amricain deux heures de laprs- midi ?!

JERRY : mais non, il suffit un insecte, une araigne, une cigale (elle sort de sa poche une petiteboite)

TOM : y-a-t ilvraimentune cigale l-dedans ? (elle lui approche loreille) Allez ! Tu as russi prendre une cigale ! Moi a fait deux ans que jessaie... mais vraiment tu la veux anesthsier ? Et lanesthtique ?

JERRY : A la maison jai trouv ce briqu, il devrait fonctionner...

TOM : Ecoute, a ne me semble pas une bonne ide... Et si le patient meurt pendant lopration?

JERRY : Papa dit que les animaux ont un rapport privilgi avec la mort. Cest pour cela quequelquun deux semblent mourir, mais au faites il sont vivants. Ou biens que quelquun lui dtache la queue, mais elle repousse...

TOM : a cest vrai, comme pour les lzards...

JERRY : Les chats...

TOM : Non, avec les chats a ne marche pas, ce sont les lzards qui perdent la queue...

JERRY : Et les chats, non ?

TOM : Mais non ! Ce sont les lzards ! Les chats... Mais, dis-moi, tu dtach la queue unchat ?

JERRY : Moi ? Non...

TOM : Tu dtach la queue un chat ?

JERRY : Je te dis que non...

TOM : Mon Dieux, elle a dtach la queue un chat !!!!

JERRY : Mais coute ce ntait pas un chat de race ! Et puis Fidel est beau aussi ainsi. Lesconventions esthtiques des hommes ne fonctionnent pas pour les animaux.

TOM : Madame... Elle a dtach la queue un chat !!!

JERRY : Alors, tu veux faire lexprience avec moi, ou pas ?

TOM : (Pause de dfi) Oui. Donne-moi le briqu. (elle ouvre un bout de la boite , lui, il ouvre legaz lintrieur. Quest-ce-qu elle fait ?

JERRY : Elle inspire

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TOM : Selon moi, avec un ex... elle expire, cest tout.

JERRY : Mais non, tu vois, elle est suspendue. Attention parce quelle est juste au milieu... entrela vie et la mort.

TOM : Tu penses quelle est dans le moment cratif ? Selon moi elle est en train de mourir. Tuvois comment elle se dbat ?

JERRY : Non (comme si elle essayait de se souvenir)...Les moments de transition sont toujours

une part dun point darrive, mme si dans la ralit il ne reprsente quun nouveau dbut.

TOM : Uhhh. Selon moi, elle est en train de mourir.

JERRY : Tu penses ? Mais alors faisons quelque chose !

TOM : Je crois que cest trop tard infermire, nous sommes en train de la perdre ! Nous laperdons ! Le dfibrillateur !

JERRY : Je ne lai pas !

TOM : Et alors... elle va mourir ! Je te le disais.

JERRY : Non, coute, je te dmontre comment, parfoisla vie et la mort sont quivalent travers

un jeu subtil dantagonisme ou cest difficile de comprendre la frontire entre lune et lautre.

TOM : Hum, je nai pas compris !?

JERRY : Maintenant je la rend libre et elle sera plus belle quavant. (elle ouvre la boite et lance lacigale en lair, les deux suivent avec la tte la parabole de linsecte qui scrase sur le sol).

TOM : Tu penses que si nous lui donnons les couleurs et le pinceau elle nous fais un beaudessin ?

JERRY : Mais tu sais... parfois lamort...

TOM : Attend... coute elle est belle cette chose que tu dis... la vie, la mort... mais maintenant jedois te quitter... non, parce que je dois tlpho... faire les devoirs.

TOM ENFANT

TOM : (Il court au tlphone) Allo ? Bonsoir Madame, je suis Thomas, Marc est l ? Ah, il est dansla salle de bains ?... Mais il fait la chose petite ou grosse ? Cest--dire, il fait pipi ou caca ? Non cest important, parce que si cest pipi jattends... Non jattends mme si cest caca... cest important, je dois absolument lui parler, cest urgent... quest-ce quil a rpondu ? Comment un quart dheure durine ? Alors cest bien pipi ! (il rigole) Nous pouvons faire comme a, vous pouvez lui dire vous-mme travers la porte, cest la mme chose... vous pouvez lui dire que jai connu une nana... Elle sappelle Graldine... elle est bizarre... cest--dire quelle dit des choses bizarres... Elle nest pas comme nous... Et puis elle a une famille incroyable... Vous lui avez dit ? (pause)

Quest-ce quil dit ?... si elle est chouette ? Elle est super jolie, madame ! Dites-lui... (pause)

Quest-ce quil a dit ? Comment Isabelle Adjani ? Non, plus lgante... plutt Sophie Marceau... si

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quelcun fait chavirer mon cur ? Madame, mais Marc ne parle pas comme a... Vous, vous devez seulement rpter...tenez-vous votre devoir. Mon coeur chavir ! Moi !?

JERRY ENFANT

JERRY : mon cher journal. Aujourdhui jai pass un jour incroyable. Le gamin que jai connu aujardin, celui qui vomit a commando... enfin, il est vraiment sympa ! Il est diffrent des autres enfants que je connais, tellement ennuyeux, tellement banals... Tu imagines que lui, maintenant je ne me souviens pas trs bien comment il sappelle, mais jai dcid quil sappelle Tom, comme le chat...il est habill dune faon vraiment incroyable. Aujourdhui, par exemple, il avait des shorts avec la salopette et les chaussures... celles pour rectifier les pieds ! Sauf que sur lui... a ne fait pas trop sujet, au contraire, il semble un jeune futuriste... bref il est vraiment super... par hasard quelquun fait chavirer mon cur ?

TOM ET JERRY ENFANTS

JERRY : Salut Tom !

TOM : Salut poupe

JERRY : (elle sourit) Mais quest-ce-que tu fais ?

TOM : Rien, un tour dinspection. La sale routine de toujours.

JERRY : Ah, et la position ?

TOM : Cest une Harley Davidson. Cest comme a quon la conduit, avec les jambes cartes

JERRY : Je vois. Tu me porte faire un tour ?

TOM : Mais tu es folle ?

JERRY : Pourquoi quest-ce-que jai dit ?

TOM : Selon toi je devrais risquer un avertissement officiel pour te faire faire un tour sur la motodordonnance ?

JERRY : Mais oui, seulement autour du bloc

TOM : Quel bloc ?

JERRY : Comment quel bloc ? Il y a bien un bloc ici autours, un btiment, une maison...

TOM : Sur les routes de la Californie ? Tu rigoles ! Tout au plus une station dessence...

JERRY : Nous sommes dans le dsert ? Mais cest fantastique ! Je ten prie, je ten prie, amnemoi faire un tour !

TOM : Impossible tant que je suis en service. Et puis je suis en train de partir pour une missiontrs dangereuse, regarde, dans quelques instants il y a mon collgue Poncharello qui me rejoindra.

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JERRY : Qui ?!

TOM : Tu es sourde, fille ? Poncharello, mon associ.

JERRY : Mais... cest quoi ? un masque vnitien ? Pantalon, Arlequin... Poncharello...

TOM : Mais o tu vis ? Chips ! Tu ne vois pas Chips ? Poncharello et lautre... Eh ben, moi je suislautre...

JERRY : Ca je lavais imagin. Mais cest o que je devrais les voir ?

TOM : Comment o ? A la tl, deuxime chaine, le jeudi sept heure et demi...

JERRY : Hum... chez moi il ny a pas de tlvision...

TOM : Il ny a pas de tlvision ? Ah, je suis dsol... figure toi... Je ne pensais pas... Mais,excuse-moi, le soir, quest-ce-que vous faites ?

JERRY : Ben, je ne sais pas, ma maman nous lit souvent des livres... ou bien on joue auxchecs... et puis neuf heure moi et ma sur nous allons au lit.

TOM : Ulla... Je suis vraiment dsol... Ben, si tu veux, parfois tu peux venir chez moi pour voir latlvision.

JERRY : Je te remercie, mais je ne sais pas si ma maman sera daccord... mais parle-moi de ceschipster...

TOM : Ben, rien... ils sont sals... un peu gras... Chips ! Pas chipster ! Chips cest les policiers. Enmoto.

JERRY : Et pourquoi chips ? Quest-ce-que a veut dire ?

TOM : Quest-ce-que a veut dire ? Ben, cest une abrviation, non ? Chips.... Californie... eh...highway... et puis.... police... socks !

JERRY : Chaussettes ?!

TOM : Ah, socks a veut dire chaussettes ? Alors non, Summer! Parce que les tlfilms ils lestournent toujours pendant lt, en effet, il ny a jamais de neige ... dans les tlfilm... part croc blanc.

JERRY : Ah celui- l je lai lu... Jack London !

TOM : Bravo ! Le patron, non ?... de croc blanc... non ? Je lai lu, jack... Lemmon... de croc... jelai lu.

TOM ET JERRY VIEUX

JERRY : Tu as lu ? Ils ont dcouvert le plus grand nombre premier existant. Cest crit ici. Cestun groupe de chercheurs de nombre premier de lUniversit du Missouri qui la trouv. Ils disent

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quil se compose de 9 millions de chiffres et que pour lcrire entirement il faut 1250 pages dun journal...

TOM : Imagine quel journal intressant ! Combien de fois je te lai dis que la mathmatique nesert rien ? Au contraire du latin... Oui je sais bien que beaucoup de personnes disent que lapprentissage du latin est finalis faire devenir celui qui lapprend, professeur de latin, dans une succession denseignements et apprentissages qui sinterrompra que le jour que quelquun se demandera : cui prodest ? Putain, quoi a sert ? mais tout a seulement apparemment, parce que tu te rend compte, quest-ce que tu deviens professionnellement qualifi quand dans un discours tu enfiles : est modus in rebus... riso abundat in hora stultorum... Cest la mathmatique qui ne sert rien ! (Graldine tousse, Tommy se tourne vers elle) Jerry... Comment a va ?

TOM ET JERRY ENFANTS

JERRY : (Se tourne vers Tom qui semble contrari) Tommy... Comment a va ?

TOM : Je ne vais plus lcole !

JERRY : Et pourquoi ?

TOM : Le professeur est bte. Pour demain il nous a donn vingt problmes rsoudre. Vingt.Deux fois dix. Huit fois deux plus quatre. Moi, demain, je ny vais pas. Ceux-l ne sont pas mes problmes, ce sont les problmes des agriculteurs, des marchands de vin, des plombiers que je ne connais mme pas... De toute faon dix-huit ans je menrlerai dans la police, la mathmatique ne servira rien.

JERRY : Tu en a parl tes parents ?

TOM : Tes folle ! Il me toueraient !

JERRY : Et avec Marc ? Quest-ce qu il dit lui ?

TOM : (il se lve et va linterphone) Bonsoir Madame, je suis Thomas, Marc est l ? Ah, il estsorti ? Pouvais vous lui dire que demain il nas pas besoins de mattendre la station dessence pour aller ensemble lcole... je nirais pas... Jai compris que lcole nest pas une chose pour moi... De toute faon dix-huit ans je vais faire lagent de police... Cest que je nai pas envie de vivre dans un monde o louvrier fait chaque jour 3/35 de son travail... o une mre donne chacun de ses quatre enfants 3/16 de gteau... et o un pre et un fils se proposent de mesurer le primtre dune place quadrangulaire... (en pleurnichant) et pour faire cela le pre en parcourt deux cots faisant 195 pas... pendant que le fils... (il commence pleurer) parcourt les autres deux en faisant 208 pas !

JERRY : Tommy...

TOM : Mais cest possible quun pre et un fils nont rien se dire ?! Madame ! Marc il parle avecvotre mari ?

JERRY : Tom, allez, ne fait pas comme a, ce ne sont pas ceci les problmes de la vie !

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TOM : (il laisse linterphone et ils retournent au centre) Cest ce qui a dit aussi Madame Dupont...

Moi jai peur... je ne vais plus acheter du lait pendant des mois... jai peur que le crmier ne me

veux vendre que le 9/10 du lait et puis ma mre elle menguele...

JERRY : Mais non, Tommy....

TOM : Cest toi qui le dit... Je la connais bien moi...Elle menguele, elle menguele...

JERRY : Tommy, je dois te parler. Je ne me sens pas bien.

TOM : Toi aussi ! Tu le vois, ils le font exprs !

JERRY : Non, moi je suis vraiment malade...

TOM : Ils le font pour nous faire souffrir !

JERRY : Jai une maladie rare...

TOM : Une maladie rare ?

JERRY : Le syndrome de Muller. (pause) Cest les enfants de notre ge qui le prennent... Il les faitvanouir... Le docteur a dit ma mre que le traitement na pas encore t dcouvert.

TOM : Mais quest-ce-que tu dis ?

JERRY : Ehm. Il parat que le docteur Muller a dcouvert la maladie, mais pas encore comment ilfaut faire pour en gurir.

TOM : Je suis dsol... Zut, toutes les choses arrivent toi, dabord la tlvision, maintenant lamaladie... et tu tvanouis souvent ?

JERRY : Presque tous les jours... mais ce nest pas lvanouir qui magace... cest que quand jemvanouie... je vois des choses qui ne me plaisent pas...

TOM : Quest-ce que tu vois ?

JERRY : Je vois des choses qui aprs arrivent pour de vrai, des choses horribles...

TOM : De quel genre ?

JERRY : Une fois jai vu ma grand-mre qui mourait...

TOM : Et puis ?

JERRY : Elle est morte.

TOM : Zut ! Quelle ge elle avait ?

JERRY : Quatre-vingt-dix-sept.

TOM: Ah daccord...

JERRY : Comment daccord ?

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TOM : Non, je disais, en fait... 97... Cest--dire... non je voulais dire... pour rien au monde, lagrand-mre est toujours la grand-mre...oh beaucoup de chres condolances, mais si tu avais lintention de me consoler, il faut que tu sache que tu nas pas russi !

JERRY : Alors faisons un jeu, tu veux ?

TOM : Quel jeu ? Jen ai marre de rendre inaptes tous les insectes de ce jardin.

JERRY : Dire, faire, embrasser, lettre ou testament ?

TOM : Quel jeu cest ? Il y a des numros ?

JERRY : Mais non. Il faut choisir une chose parmi dire, faire, embrasser, lettre ou testament et ilfaut la mimer lautre.

TOM : Il semble inoffensif. Il faut faire les grimaces quand on mime ? Non, parce-que mimer jesuis vraiment fort... Je sais faire la tte de Calimro. Je fais la tte. cest vraiment trop injuste ...

JERRY : Dire, faire, embrasser, lettre ou testament ?

TOM: Dire, faire moi lettre. Au moins deux mots en franais je sais les crire toi, plutt,figure toi testament tu es toujours tellement macabre

JERRY : Non. (Elle lembrasse sur la bouche)

TOM : ...Mer... merci.

JERRY : Pas de quoi.

(Musique) TOM VIEUX

TOM : Le bonhomme qui a dit quun baiser est un apostrophe rose entre trois mots, je taime ,videmment a donn son premier baiser plus ou moins soixante ans. Il doit y tre arriv prpar. A neuf ans le premier baiser sur la bouche est une exprience dvastatrice, quelque chose de trs difficile comparer avec les soldats et le subbuteo. Selon moi, le premier baiser, comme loi, il faudrait le donner seulement aprs avoir connu le sexe. Mme, plutt, quand tu es devenu expert... pas avant. Cest trs dangereux. Moi jai perdu le sommeil pendant des semaines, lapptit pendant des jours. Cest alors que jai trouv la rponse au premier et dernier problme de cinquime primaire, le cas difficile dun fruitier qui avait achet 38 quintaux de cornichons. Une mauvaise fin. Cest cette drle de gamine qui ma fait retourner dans le monde des soldats de plombs. Oui, parce que dun coup, elle ne vint plus a jardin ; aprs quelque temps elle menvoya une carte postale de Lausanne avec un chat ou elle mexpliquait quelle avait suivi le pre pour questions de travail. Je ne sais pas pour quelle association mentale , la nuit je rvais des chats avec leurs queues dtaches, qui avec 7/11 de queue, qui avec 2/7 et moi je devais calculer le minimum multiple commun des bouts de queue... et alors je demandais au docteur Muller, celui de le syndrome qui fait vanouir, de les r-attacher, mais pas pour de la peine lgard des chats mais de moi- mme parce que le temps pour la solution stait expir... (en crescendo) et ctait le dernier test de lanne et je navais pas tudi cause de problmes familiaux, mais le docteur

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Muller ne maidait pas, et le temps tait en train de sexpirer... ainsi je tentais le tout pour tout et jhurlais un quinze la moins deux !!! A ce point-l le professeur entre et en me regardant tout droit dans les yeux, avec un regard moiti entre Pythagore et Euclide, mais plus Pythagore, elle pointe la main vers moi et me dit : Mais quest-ce-que tu hurles ? En ralit ctait ma maman

,qui a t rveill dans le cur de la nuit par mon hurle... ce ntait pas facile de lui expliquer lalgbre dun cur bris... Cette nuit-l je jurais moi mme que je naurais plus embrass une fille. Ce sont des choses quon dit comme a... mais moi jai vraiment russi ! Le deuxime baiser je lai donn au lyce !

TOM ET JERRY JEUNES

TOM : Graldine ?

JERRY : Oui ?

TOM : Je suis Thomas... Saint Thomas, Tom... Comme Tom Wolfe...

JERRY: Tommy! (il lembrasse) Quest-ce que cest beau! Je ne te reconnaissais mme pas... Tuas disparu...

TOM : Pour la vrit je nai pas boug... Cest toi qui a chang de maison... sans aucun pravis.

JERRY : Oui, cest vrai... Mais tu sais, ma mre avec le travail quelle fait...

TOM : Je croyais que ctait ton pre... mais peut-tre je ne me souviens pas bien...

JERRY : Tu sais ?, Jtais trs dsol de ne tavoir plus vu...

TOM : Et bien, la dernire fois que nous nous sommes rencontr, tu mavais aussi... (il fait allusionau baiser)

JERRY : Quoi ?

TOM : Oui, ben... tu mavais... aussi... donn

JERRY : Quoi ?

TOM : Tu mavais donn penser... que tu ne serais pas retourn...

JERRY : Oui, je sais, mais aprs mes parents ont d retourner ...tu sais... pour des questionspolitiques.

TOM : Jimagine. Et la sant comment va-t-elle ? Tu as encore ce problme l ?

JERRY : Toujours pire, les crises de panique sont toujours plus frquentes...

TOM : Panique ? Mais tu mavais pas parl dvanouissement? O tu voyais des personnesmortes ?

JERRY : Exacte. Pourquoi, tu penses que voir des morts... cest une chose belle ? Il y a le paniquequi te prend !

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TOM : Ah ben, oui, il y a mieux ...

JERRY : Tu sais faire a ? (elle se touche le poignet avec le pouce de la mme main)

TOM : Ahi ! a me dgoute ! Mais il ne se casse pas ?

JERRY : Il est dj cass.

TOM : Comment ?

JERRY : Le scaphode est cass. Cest ce petit os ici, tu vois ? Cest pour a que je russi lefaire...

TOM : Ah, je suis dsol, et comment tu las cass ?

JERRY : En faisant ce jeu.

TOM : Ahiiiii, mais tes folle ?

JERRY : Et a, tu sais le faire ? (elle montre le dos nu avec lomoplate en dehors) les petites ailesdu poulet !

TOM : Mais cest dgoutant ! Arrte !

JERRY : Tu sais pourquoi je sais le faire ?

TOM : Tu tes cass aussi les omoplates !?

JERRY : Mais non, cest le yoga... ma mre est professeur... a fait trois ans que je le pratique...

TOM : Mais tu mavais pas dit quelle enseignait philosophie ?

JERRY : Avant. Mais maintenant elle dit quelle prfre substituer la recherche de lataraxie avecla recherche du chakra.

TOM : Wow, super !

JERRY : Et les paupires, tu sais les retourner ?

TOM : Non ! ahouuuu ! Ne le fait pas ! Arrte-toi ! Sors de ce corps ! Je te lordonne ! (en faisantla croix avec les deux bras). Ctait lexorciste...

JERRY : Daccord, je ne le fais pas. Et toi quest-ce-que tu sais faire de drle ?

TOM : Hum...moi dernirement ... je mentraine faire de rots artificiels... il faut inspirer de lair lintrieur de lsophage... (il mime de faon ostentatoire)

JERRY : Daccord, daccord je ne veux pas le savoir !

TOM : Et puis je sais citer bras la subdivision en volumes de lEncyclopdie Larousse

JERRY : Cest--dire ?

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TOM : Tu vois la couverture des volumes de lEncyclopdie, il y les initiales et finales de chaquevolume... Quand je faisais les secondaires pendant le fin-semaine on pouvait choisir entre un problme de mathmatique ou une tude plaisir... Et bien moi, qui navait pas beaucoup de sympathie pour la mathmatique, pendant les trois annes jai fait environ quatre cent tudes, je suis une sorte de Larousse avec des jambes, qui dans la vie pourrait tre utile... mais la chose plus superbe est... Tu veux entendre ?

JERRY : Cest--dire ???

TOM : (Il mime concentration) Jy vais : a-as, as-ca, ca-ci, ci-cu, la-me, me-ni, ni-pe, pe-ra, ra-sc,sc-su, su-us, us-zu !

JERRY : Je suis abasourdie !

TOM : Je les ai tellement consult, que je les ai imprim devant mes yeux, crites dor sur lacouverture bleue !

JERRY : Tu te fous de moi, tu les a invent !

TOM : Non. A-as, as-ca, ca-ci... Le final est un peu difficile sc-su, su-us, us-zu on dirait unexercice de diction.

JERRY : Mais cest super ! Tu es un phnomne !

TOM : Mais, non, cest une petite chose... En outre, au dbut je pensais que lencyclopdieLarousse parlait vraiment dune rousse... je me disais ... mais cest vraiment possible quils ont crit toute une encyclopdie sur une rousse... L o ctait le nom de... Toi plutt, je te trouve un peu diffrente depuis alors...toute vtue de noir... Ce maquillage un peu Liz Taylor... vieille...

JERRY :Its our dark point of view.

TOM:Pardon?

JERRY: Cest notre point de vue obscure. Tas jamais entendu parler de Gothic punk... darkwave... Je suis une dark. Cure... Siouxie and the Banshees... Joy Division... mais tu ncoutes pas la musique ?

TOM : Bien sr !

JERRY : Moi je ladore ! Cette t Londres, jai connu des gars qui avaient une band et quicherchaient une chanteuse... Je me suis propos.

TOM : Mais pourquoi, tu sais chanter ?

JERRY : Je texplique : mon pre ma appris une chose, lart cest la rencontre entre deuxfacteurs, droite (elle mime) nous avons la technique. Cest une question de mthode, dapprentissage, le fruit dun travail dur. A gauche, au contraire, quest-ce-que nous avons ?

TOM : Les communistes ?

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JERRY : A gauche il y a le cur qui bat, Tommy. La chose qui te fait tre pote mme si tu nesais pas le franais, qui te fait tre Basquiat mme si tu nas jamais tudi lAcadmie , qui fait si que les Sex Pistols aient rvolutionn lhistoire de la musique sans la savoir sonner.

TOM : Jai compris : tu ne sais pas chanter.

JERRY : Jexclus que en moi se fonde la droite et la gauche. Mais papa dit que en moi lart a uncur qui bat gauche. Tu veux couter ?

TOM : Volontiers.

JERRY : Ce soir nous allons chanter aux trois Luxembourg, on paye seulement la consommation.Tu viens ? Je ten prie !

TOM : Uhlala, mme trois??? (pause)

JERRY : Cest un cinma.

TOM : Tu crois que je ne le sais pas ? Jy serais... Sans faute...Eventuellement jamne aussi monami Marc. Mais quel genre vous chantez ?

JERRY : Mais, une chose drle...

TOM : a ne mtonne pas.

JERRY : Nous conjuguons le dark avec le jazz, plus genre Sade, tu vois ? (Tommy acquiesce).Cest une chose qui est trs la mode Londres cette anne. Mais cest moi qui cris tous les textes... Alors, je te verrai ce soir ? Allez...Jy compte.

TOM : Marc ne vint pas, il avait fait indigestion de saucisses et tic-tac et vomissait rptitiondepuis laprs-midi. Cest ce quelle ma dit la maman, avec laquelle, peu peu, une sincre amiti tait en train de natre. Sans Marc et surtout sans mon Peugeot 103... notre Pegasus ail, jattendis pendant des heures le 94 barr. Quand jarrivai aux trois Luxembourg, le concert avait dj commenc. (Accord final dune chanson. Applaudissement).

JERRY : (voix au microphone) Merci ! Nous sommes Jerry and the mice! La prochaine chansonsappelle racine carr de deux . Elle a t crite pour une personne qui pour moi a reprsent beaucoup. Si ce soir cette personne aurait t l, travers cette chanson jaurais voulu lui expliquer que dans le temps que nous nous sommes perdu, je nai pas russi la retenir dans ma tte de faon diffrente que comme a. Enfants, dans un jardin de maisons, fascins par la vue dune cigale en vol ascensionel, entrains par le poids de sa lgret, je comparais mentalement son vol physique au notre mtaphysique... Si il tait ici il aurait compris pourquoi tellement dacharnement contre la perfection de cet animal. Ctait envie. Ctait la vengeance dune fille enrag. Parce-que moi aussi jaurais voulu prendre mon envol avec toi, si seulement tu laurais demand. Mais tu ne me las pas demand. Cest ce que je taurais dit ce soir. Mais tu nes pas venu. One, two, three, four...

(la musique part)

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TOM : Moi je nai pas de mmoire pour les dates. Les dates sont faites de numros et ma tte lesboycotte par principe... Mais ce soir-l ctait le 12 octobre 1983. Je restais parmi les personnes au parterre et quand le concert finit je menfilais dans la nuit, en mimant la tte de Humphrey Bogart qui, en ayant perdu le dernier 94 barr, il se prparait parcourir Paris pieds. Moi.... avec

la musique je ntais pas particulirement moderne... Pour moi le maximum de lavant-garde musicale, depuis toujours, tait reprsent par Claude Franois, dont les mots, la lumire des textes de Graldine, maintenant me paraissent banales, prvisibles, inutiles. A Jerry lart battait vraiment de la part du cur, en particulier, dans le mien, qui se soir- l ctait soumis elle sans condition aucune. Javais compris deux choses : la premire tait que Jerry tait mon Dieu ! Une fille qui crivait : la racine carr de deux comme nous, il ny a pas de certitude mais tat de brit, on va sans calculs... Rien faire avec Claude Franois qui, au contraire, crivait des chansons horribles : Alexandrie, Alexandra, jai plus dapptit quun Barracuda, je boirais tout le Nil si tu ne me retiens pas Mais quest-ce-que a veut dire ?! Et les vers mordants ?...La gifle ? Le coup de poing ? (Il porte un mouchoir sur le visage)

TOM JEUNE

TOM : (au tlphone tient un mouchoir avec de la glace sur la joue) Bonsoir Madame je suisThomas, est-ce quil y a Marc ?... Il est en train dtudier pour la rdaction de franais... Mais de quoi sagit-t-il ? Aujourdhui il a fait une preuve de mathmatique standing ovation, il y avait la concierge qui pleurait pour lmotion ! Cest seulement une rdaction de franais. Il faudrait crire comme un analphabte pour ne pas le passer ! Oui, je sais bien que Marc crit comme un analphabte ! Enfin, Madame, je dois lui parler ! Voulez-vous comprendre que ma fiance ma quitt ? Quest-ce-que a signifie ullala ?... svp respectons les sentiments des autres... a sest pass dans la pire des faons... enfin, oui, elle a un autre. Encore ? Madame, savez-vous que ce ullala tape aux nerfs ? Allez, passez-moi Marc comme a jai une paule sur laquelle pleurer... Non, mme pas en parler... sur votre paule non.... et le gap gnrationnel ? Et lincommunicabilit

entre parents et fils ? Ah, vous ne me le passez pas ? Daccord : rien... hier aprs-midi je suis all faire une promenade dans le quartier, parce-que jtais nerveux... en effet le long de la route, pendant que je me relaxais en imitant Donald Duck quand Picsou...et rien, une chose toute mienne... cest--dire je mimais et je marchais, quand un certain point je vois, assise sur un banc avec un type plus grand delle, Jerry ! Une souris ? Quelle souris ? Non, Graldine... Ma fiance, mon ex-fiance, enfin je deviens tellement nerveux que la tte de Donald Duck dun coup devient Fantomiald.

TOM ET JERRY JEUNES ( Tom sapproche Jerry, la regarde et dit squeck ! )

JERRY : Tommy !

TOM : Tu ne mavais pas dit quaujourdhui tes parents ne te faisaient pas sortir vu que tu devaisprparer la rdaction de franais ?

JERRY : En effet, jtais en train dtudier quand tout dun coup le nez a commenc saigner,alors je suis sorti pour prendre un peu dair ; je crois que a voir avec ma maladie.

TOM : Mais elle ne te donnais pas les crises de panique ?

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JERRY : Panique et sang.

TOM : Et lui ? Infirmier ?... Anesthsiste !

JERRY : Tommy ! Je ne me sens pas bien !

TOM : Ecoute, Jerry... (au type) je parle avec toi ? Jai dit coute grassouillet ? Non, jai dit

coute, Jerry ....

JERRY : Aie du respect pour ma maladie !

TOM : Tu nes pas malade Jerry, de toute faon pas du syndrome de Muller.

JERRY : Mais quest-ce-que tu dis ?

TOM : Jai contrl, entre la-me et me-ni il ny a aucun Muller qui a dcouvert une maladie, il y aseulement lavant-centre de lAllemagne du Mondial 74 et un producteur de yogourts.

JERRY : Mais tu penses vraiment que je pourrai blaguer avec une maladie ?

TOM : Tu blaguerais avec les maladies, la mort, les sentiments... Qui sait combien de fois tu masdit que tes parents ne te faisaient pas sortir et puis tu te promenais avec un autre gibbon...

JERRY : Thomas, arrte ! Tu te comportes comme un rustre !

TOM : Ah cest moi le rustre... (au type) machin, je parle avec toi que quand tu auras fait unedite... ( elle) Moi je suis rustre. Mais au moins je ne me gne pas du travail qui fait mon pre.

JERRY : Quest-ce-que tu dis ?

TOM : Le pre artiste, nest-ce-pas ? Qui sectionne les petits cochons... bien sr quil les

sectionne : il fait le boucher ! Quoi, cest un travail trop normal ? (au type) enlve cette main !

JERRY : Mais ce nest pas vrai!

TOM : Et ta mre tait quoi ? Une yoghiste-philosophe... elle est srement une femme au foyercomme la mienne... (au type) enlve cette main, jai dit ! Tu navais pas besoin de me raconter toutes ces histoires, je me contentais de beaucoup moins... maintenant ou tu vas ? Jerry (au type) coute, tu es plus gros et srement tu me cognera, mais attention parce que je te fais quand mme mal...

TOM VIEUX

TOM : Cette phrase je lavais entendu dans un film de Bruce Lee. Et jusqu l a pouvait mmemarcher, peut-tre quil se serait impressionn et maurait repos par terre... mais cest que pour avoir la main lourde, jai mme accompagn la phrase en faisant un mime ! Maintenant, une personne normal, si elle veut avoir au moins un peu de crdibilit... elle ne fait pas dans le milieu de la rue : ooo-to (il mime Bruce Lee).

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Il tait gros comme Lothar, le valet de Mandrake, il stait ras les cheveux comme le valet de Mandrake... je crois bien que ctait le valet de Mandrake, parce-que il me donna un coup de poing et dit : Disparais . Compris ? Disparais ! a ma fait croire quil tait... Laissons tomber...

JERRY JEUNE

JERRY : Help me (point dexclamation). Journal, je suis tellement confuse. Il y a des jours o jene comprends plus quest-ce quil est juste et quest-ce qu il est faux. Il y a des jours o moi-mme je ne sais pas ce que je veux et ce que je ne veux pas. Il y a des jours o la seule chose que je veux cest mchapper, aller dans un lieu lointain, o personne sait qui tu es. Ce sont des jours o, si seulement jaurais un peu plus de courage, je me tuerais. Vue que maman elle sen fout, puisque elle est tellement prise par son yoga. Voil : aujourdhui cest ce jour-l. Mais aprs je pense que tout le monde sen fout, et alors pourquoi devrais-je me tuer ? Donc, soyez tous tranquilles, je ne me tuerais pas et je vous roule tous. Je men vais et cest tout. Et vous nallez pas me retrouver.

TOM : En ralit ce fut elle disparatre.

JERRY : Point !!!

TOM : A new York ils disent not found . Cest la fin de ces histoires qui naissent dans internet,faites de nick name et de confidence sans un visage. Lamour digital pour vaincre le quotidien ; mais aprs, parfois lhistoire devient moisie... ce point il suffit de changer ladresse de la poste lectronique : not found... la rponse de mes tentatives de contacter Jerry le jour aprs le bac ! Elle partit pour ses vacances dt, je ne sais pas o. En septembre elle sinscrivait dans une universit je ne sais pas o. Et avec ses parents elle alla vivre je ne sais pas o.

Douze ans passrent. Jai juste russi fumer mon premier et dernier ptard, perdre ma premire et dernire finale de coupe de champions, connatre et frquenter pendant neuf ans une fille trs normale et trs bien de laquelle jen men foutais compltement. Ceci pendant la journe. Mais, aprs, le soir, pendant douze ans, je crois que je me suis assis califourchon sur une chaise en imitant... lagent Poncharello, quand Jerry elle sasseyait derrire en implorant de lancer lHarley sur les routes de la Californie. Dabord cent lheure... puis cent-vingt... puis cent-cinquante... quelques fois je russissais mme sentir le vent sur le visage et les larmes qui glissaient en arrire cause de la vitesse... cent-quatre-vingt, deux cent... mon dieu !!!! (en entend un bruit assourdissant... Tom adulte par terre, Jerry avec un casque sur la tte qui essaie de le lever)

TOM ET JERRY ADULTES

TOM : Je sais, je sais, jallais doucement. Mais pourquoi quand quelquun tombe par terre lapremire chose que vous dites est : pourtant tu allais doucement ! Il semble que vous jouissez quand une personne tombe mme si elle va doucement !

JERRY : Excuse-moi, mais vous qui ?

TOM : Vous secouristes ! Quand quelquun tombe il y a toujours un scootriste derrire toi prs

te secourir qui dit : tout est en ordre ? Non, rien est en ordre. Cest vident ! Cest en ordre

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quand quelquun marche en position rige le long dun trottoir, et non quand il est couch sur une flaque dhuile au milieu de la route ! Et puis vous ajoutez : pourtant tu allais doucement ! ... Et bien, oui, je suis un couillon ! Jallais doucement et je suis quand mme tomb !

JERRY : Daccord, tu es un couillon qui allait doucement et qui sest tal par terre, mais moi jevoulais seulement taider !

TOM : Tout le monde veut taider. Au moins aujourdhui il n y a pas celui qui veut te faire enleverle casque. Fais-moi lever ce truc. Je suis agit... Il y a tout qui sembue ! Mais quest-ce que vous pensez ? Que les calottes du crane restent attach ainsi aux casques ?!?

JERRY : Tes fous ! Moi je voulais seulement voir si tu ttais fait mal ! Mais quest-ce-que tu crois,que je te suis dans toute Paris, pour te secourir quand tu tombes ?

TOM : Moi je ne tombe pas dans toute Paris

JERRY : Ah non ? Il me semblait.

TOM: Non! (pause). Moi je tombe seulement ici. a doit tre le pav... Tu sais, les bus, perdentsouvent lhuile...

JERRY : (elle senlve le casque) En effet. a me semblait drle... tomber ainsi... Tu allais mme

doucement... cest--dire, non.... une allure... juste...

TOM : Moi je te connais (Jerry est interdite, parce-que Tom a encore le casque). Tu es Graldine.

JERRY : Mon dieu, oui... mais tu, qui...

TOM : Thomas Blanc.

JERRY :...

TOM : (il enlve le casque) Tom, Saint Thomas

JERRY : Tom ! Mon Dieu ...!

TOM : Mon Dieu, quoi ? Mon Dieu combien de temps... ou mon Dieu comme tu as chang ?

JERRY : Noooonnn... idiot ! Je disais... mon Dieu.... quest-ce que cest beau de te revoir !Tu as

chang... tu es... plus grand...

TOM : Quelle chance. La dernire fois jtais un mtre et quarante... Je travaillerais au cirque...

JERRY : Et plutt ?

TOM : ...Jai grandi

JERRY : (En rigolant) Nooon ! Je disais... o tu travailles ? Quest-ce que tu fais ?...

TOM : Ah ! Oui... je fais... lagent.

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JERRY : Non ! Le policier ! Comme tu disais quand tu tais enfant !

TOM : Non, pas exactement... lagent... monomandataire

JERRY : De quoi s-agit-il ?

TOM : Il s-agit de quelquun qui agit... qui a un mandat... et qui donc... peut agir... Certainementil y a aussi cela qui ont six, sept mandats... ce sont des plurimandataires... mais a na rien voir, cest une question de anciennet... Et toi tu chantes encore ?

JERRY : Non, jtudie philosophie. Pour mieux dire, jessaie dtudier philosophie, parce que... enralit jai commenc travailler comme RP et en travaillant la nuit... ce nest pas facile le matin daller luniversit....

TOM : Cest un nick name ?

JERRY : Nooooon ! (en rigolant). Ce sont deux initiales... Ils veulent dire que je fais des relationspubliques... jorganise... je vois des personnes...

TOM : Et cest sympa de rencontrer des personnes ?

JERRY : Trs sympa. Aujourdhui jai rencontr toi !

TOM : Dans quel sens ?

JERRY : Lagent.

TOM : (il vitreux) Ahhh... elle apostrophe agent ! Cest vraiment rigolo !

(Ils se regardent)

JERRY : Le conducteur...

TOM : Non lagent, jai compris que tu nas pas compris...

JERRY : Le conducteur !!!

TOM : De nouveau : lagent monomandataire !

JERRY : Le conducteur ! De lRAPT !

TOM : Il est o ? (en se tournant) mais pourquoi tu hurles ? Il hurle lnergumne ! Ecoute... BudSpencer ! Fais gaffe comme tu parle... tu peux bien me frapper... mais moi... Hum, je lenlve le scooter, je lenlve....

TOM VIEUX

JERRY : Jerry minvita chez elle. Elle habitait dans un appartement luxueux au Marais, derniertage. Une maison spatiale, meme le mot netait pas suffisant pour la dcrire... toute informatise, lectronique... Ds que nous sommes entr les lumires ce sont lentement allum et une musique chill out est parti dans toute la maison...

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(la musique part)

JERRY : Cest le dernier retrouv de la domotique,... une ambiance globale o leslectrodomestiques sont intelligent et se parlent dans le temps rel grce la cration dune architecture sociale... tu te demandera maintenant mais tous ces lectrodomestiques tant intelligents... quest-ce quils ont se raconter en temps rel ?! Beaucoup de choses. Hier la lave-linge disait laspirateur : oh aujourdhui jai vraiment boss... tout soixante degrs, hein ! (visage perplexe de lui) je joue ! mais dis-moi la vrit, ce nest pas super ? Mets-toi laise...

TOM : Euh... Cest vraiment chouette !... Excuse-moi, si je ne suis pas trop indiscret, mais lesmaisons des tudiants je les imaginais un peu diffrents...

JERRY: Eh, je tai dit que je me gagne la vie en faisant la RP dans une discothquel on connaisbeaucoup de personnes. Imagine que cette maison est dun ingnieur japonais qui, pour quelques temps, a d retourner dans son pays et ma demand si je pouvais lui surveiller la maison...

Jamne son chien se promener, jarrose les plantes... et je jouis des commodits ! Imagine que dans la cuisine il y a une zone franche o le serveur domestique et le navigateur de la machine gare sur la route peuvent collaborer dans des activits pour schanger des informations...

TOM : Ah.... on ne sait jamais si le frigo envie de faire une promenade... non excuse-moi ; cest

que ces choses un peu me fascinent, un peu me mettent peur... Imagine combien de formules de mathmatique il y a derrire un projet du genre ... algorithmes, drives...

JERRY : Tommy, tu mexpliques, une fois pour toutes, pourquoi tu dteste tellement lamathmatique ?

TOM : Comme- a, tout de suite ?

JERRY : Oui, allez, je voudrais finalement comprendre.

TOM : Ok, la mathmatique est un complot des adultes contre les enfants.

JERRY : Mais allez, idiot...

TOM : Je te le dmontre. Prenons les additions. Tu sais comment on traduit addition enanglais ?

JERRY : Addiction, il me semble...

TOM : Exactement. Et tu sais quest-ce que signifie addiction en anglais dhabitude ?Dpendance, tre esclave de... dans un mot drogue !

JERRY : Et alors ?

TOM : Rien, comme a, a me parait une chose moche.

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TOM VIEUX

TOM: Elle rit, elle rit tout le soir.

GERRY : (elle rigole, puis sarrte et le regarde) O tu tais pendant toutes ces annes...

TOM : Je te lai dit, jai fait lagent monomandataire, on vit dans la mdiocrit.

GERRY : Et pour faire lagent monomandataire tu avais besoins de disparatre ?

TOM : Ah, cest moi qui disparu ? A dix ans tu a chang de maison sans dire au revoir toncopain de jeux, cest--dire moi... A quatorze tu a choisi un nouveau fianc sans rien dire au prcdent, cest--dire moi, trente tu me dira au revoir sur la porte en me disant tenons nous en contact!

GERRY : Tu y crois dans la rincarnation ?

TOM : Ben, coute, jy pensais juste lautre jour...

GERRY : Moi, jy crois. Ou plutt jen suis convaincu. Steiner disait que lhomme est pur esprit. Entant que esprit ternel, il est destin courir aprs le destin plusieurs fois le long de lhistoire de la terre. E quand il a la chance de rencontrer un esprit apparent, les deux esprits sattirent. Cest possible aussi qui se rejettent... Mais aprs il finissent toujours par se rencontrer de nouveau... et ils errent, ils errent... en sattirant et en se rejetant...

TOM : Et puis ?

JERRY : ...jusqu quand un des esprits dcide que cest le cas de sarrter ici. Tu tarrtes ici ?

TOM : Si je marrte ici ? Chez toi ? Cest--dire dans la maison japonaise ?...

JERRY : Je voulais dire ici, dans ma vie.

TOM VIEUX

TOM: La phrase complte fut: tu restes ici dans ma vie jusqu quand la mort nous spare? Ilfaut dire que ainsi dit a semble une chose romantique, une chose la chair de poule mais dites par elle, toujours avec cette mort moi jy ai bien pens mais la fin je suis rest chez elle

TOM ADULTE

TOM: (il prend le tlphone et compose un numro une voix enregistr part)

Cest le rpondeur de Marc Dupnt, je ne suis pas la maison en ce moment je suis sorti Laissez un message aprs le bipPourquoi le bip ne part pas? Est-ce que je dois presser ce bout (beeeeeep)

TOM: Marc Je suis Thomas. Tu ne peux pas savoir ce quil mest pass! Tu te souviens deGraldine, celle qui tait au lyce avec nous? Celle avec laquelle jai eu une histoire et aprs nous nous sommes quitt Celle que tu disais qui tait compltement dbile tort... Je lai rencontr! On a t toute laprs-midi ensemble a t comme si le temps navais jamais passMarc tu y

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crois dans la rincarnation? Et puis la fin je suis rest chez elle cest un euphmisme pour dire que. Nous avons t ensemble Oui, bref, nous lavons fait (il met la main sur le rcepteur). Ca

t super et demain soir nous allons nous revoir, elle ma donn un rendez-vous onze heures au binaire onze, tu sais ces rendez-vous un peu mystrieux. Un peu (beeeeeep)

TOM ET JERRY ADULTES

JERRY: (Avec un fil de voix) Tom! je suis ici!

TOM: Jerry! Mais il n y avais pas une autre place pour nous donner le rendez-vous? Un peu plusfacile? Quand tu mas dit Gare de Montparnasse, binaire 11, tu ne mas pas dit que la Gare de Montparnasse les binaires actifs sont seulement 10

JERRY: Il est mort

TOM: Qui?

JERRY: Lonzime. Cest un binaire mort

TOM: Lui aussi? Mais quelques fois pouvons-nous frquenter quelque chose qui est vivant?

JERRY: Plus vivant de ce que je te porte faire ce soir il n y a rien, tu verras

TOM: Je pensais plutt un cin Non, tu veux rire? Beaucoup mieux crawler sur les binaires.

Hein?

JERRY: Tu vois les mecs l-bas?

TOM: Pas trs bien. Il fait noirNous sommes presque dans la champagne ah mais quest-ce

quils font?

JERRY: Une fois par mois des train de marchandises partent du binaire 11, il font presque unkilomtre et puis il rentrent dans la galerie. Viens, monte. (elle monte sur une chelle)

TOM: Mais ou vas- tu? On peut le faire?

JERRY: Ne te fait pas remarquer.

TOM: Ah, ok. Il suffit que tu ne te fasse pas remarquer?! Alors je monte? Je monte

(Ils sont sur le toit du train)

JERRY: Lui est Coton puis il y a Couleur Zazou. Cest des noms en code

TOM: Enchant enchant enchant je suis Tom Tom Wolfe (hurl) alors quest-ce quenous faisons?

JERRY: Shhhhhh !

TOM: (en chuchotant) Alors, quest-ce quon fait?

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JERRY: Nous nous rencontrons ici une fois par mois cest une espce de rave party, dans lesens que on dance, on dance, mais

TOM: Mais?

JERRY: Rien, a dure trois, quatre minutes, parce que la musique part seulement quand le trainpart

TOM: Cest--dire que nous dansons sur le train quand il part????

JERRY: Cest gnial! a sappelle trainsurfing! Cest les meninos da rua de Rio de Janeiro qui lefont

TOM: Je men fiche qui fait a! Moi je descends (il est en train de descendre, mas le traincommence bouger et il reste bloqu) Ohhh! pas de blagues!

JERRY: Yu-uhhhh!!! Trois deux un (la musique part)

TOM: Aaaaaaaaa!

JERRY: Allez, danse! (elle ouvre une danse hypnotique)

TOM: Je veux descendre

JERRY: Danse! Ecoute le vent! Tu le sens, tu le sens?

TOM: Je sens que je ne me sens pas bien Quest-ce que je fais? Je danse? (Il essaye un pasmaladroit) Mais combien dure cette chose?

JERRY: Je te lai dit, pas plus de trois, quatre minutes puis il y a le tunnel

TOM: Quel tunnel?

JERRY: Le train senfile dans le tunnel et nous devront sauter

TOM: Nous qui? a ne va pas dans la tte? Arrtez! Arrtez le train!

JERRY: Tu dois sauter seulement la fin Tommy! Le premier qui saute est un lche! Le voil, l-bas!

TOM: Qui? Le tunnel!!! Le tunnel!!! Aaaaah! Aaaaaah! Aaaaah, fils de pute ! (la musique devientbruit et couvre tout sombre)

TOM VIEUX

JERRY: Il a saut comme dernier. Le hros de la soire. Nom en code

TOM: Moi je navais pas le physique pour faire ces choses

JERRY: Tom Wolfe!

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TOM: Mais avec Graldine tout me semblait incroyable un ferment tout tait possible Aussivivre ensemble.

JERRY: Tom, lingnieur japonais avait obtenu une place luniversit pur enseigner lacyberntique Mogadiscio Oui, je sais, a fait rire la cybernthique Mogadiscio Soit, la maison superbe est donc libre et il nous la loue; cinq-cents euro le mois pour habiter Cape Canaveral, quest-ce que tu en pense?...

TOM: Quest-ce-que jen pense?... chaque heure pass avec elle tait comme un tour au parcdattraction. Moi je ny tais pas habitu, dans le bien et dans le mal.

TOM ET JERRY ADULTES

JERRY: (Entre dans la maison haletante)

TOM: Quest-ce que tu as? Tu sembles boulevers Quest-ce quil test pass?

JERRY: Oh Tommy, a t horrible (elle lembrasse en larmes)

TOM: Calme toi. Maintenant tu te calmes et tu me racontes tout. On ta vol, menacviol!?

JERRY: Eeee!

TOM: Non, justement, je te disais, pas viol Alors quoi?

JERRY: Jtais sur la route de Cormeilles, le tronon sombre, ou il ny a jamais personne Jallaisdoucement, tu sais, 50 lheure maximum Tout dun coup il sort du rien! Mais tu as compris? Rien? Une minute avant rien, et dun coup tra.! Devant mes phares! Deux yeux dessins par le terreur! Ca t horibleeee! (elle commence de nouveau pleurer)

TOM: Mais qui? De qui est tu en train de parler? Un brigand? Un gnome?

JERRY: Mais arrte! Je suis choqu et tu as envie de blaguer!

TOM: Non, je ne blague pas, mais si tu ne me raconte pas mais cest une histoire paranormal ou(Jerry est en train de se mettre en colre) ah non,... normal. Alors qui ctait?

JERRY: Un chien.

TOM: Un chien. Ok, sur la route de Cormeilles il y a beaucoup de chiens nous sommes dans lacampagne!

JERRY: Je lai investi!

TOM: Tu las tu? Mais coute , tu as dit que tu allais cinquante lheure Tu ne pouvais pasfreiner?

JERRY: Tes fous? Les enfants aussi savent que quand un animal traverse dun coup la route cesttrs dangereux de freiner. On peut perdre le contrle!

TOM: Alors que le prendre en plein cest davoir la situation sous ton contrle!

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JERRY: Mais arrte, je tai dit que je me sens trs mal!

TOM: Oui certainement, excuse-moi Je pensais au chien mort

JERRY: Non, il ntait pas mort.

TOM: Et quest-ce-que tu en sais? Tu ne tai pas arrt sur la route de Cormeilles pour faire lescanner au chien!

JERRY: Bien sr que je me suis arrt, quest-ce que tu aurais fait? Tu laurais fait souffrir?!

TOM: Non a na rien avoir De toute faon de l peu

JERRY: Mais tu es vraiment un idiot! Le pauvre, il souffrait

TOM: comme un chien

JERRY: Il me regardait avec les yeux carquills

TOM: Il tait fch justement

JERRY: Non. Il mimplorait

TOM: De rendre ton permis de conduire

JERRY: Et arrtes! Tu ne comprends pas? Il se sentait mal et aucun mdecin naurait pu fairequelque chose pour le sauver ou simplement pour soulager sa souffrance. A ce moment-l sur cette rue, lui et moi nous tions une seule chose. Il mimplorait de lui donner quelque chose, quelque chose que je pouvais lui donner, mme si jusqualors je naurais jamais cru de pouvoir. Il voulait que je laidais, on le lisais dans les yeux. Il voulait avec moi une complicit, une communion, la communion du malade terminal avec lange de la dernire heure.

TOM: Mais quest-ce que tu racontes ?

JERRY : Et moi, ce moment-l, je ny ai pens mme pas une seconde. Je sentais que je nepouvais que faire cette chose. Ctait moi cet ange, Tommy.

TOM : Jerry, mais quest-ce-que tu as fait ?

JERRY : Je lai fait.

TOMMY : Tu as tu le chien ? Mais cest horrible !

JERRY : Maintenant vite de me faire la morale.

TOM : La morale ? Non, excuse-moi, tu ten vas la nuit dans les routes dsertes faire Terminatoret je ne dois mme pas te faire la morale ? Je suis avec une qui dabord investit un chien ... et puis elle y repasse pour le tuer dfinitevement... Mais ... Cest une chose...

JERRY : Je ne suis pas de nouveau pass sur le cor...

TOM : Comment non ? Et quest-ce-que tu lui a fait ? Linjection ltale ?

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JERRY : (elle montre les mains)

TOM : Noooon, tu as trangl le chien ?! Ecoute je ne trouve pas les mots... Tu mas fait venir lachair de poule... Je suis dconcert... Toi qui trangle un chien... Oui, jai compris ; il y la chasse, tout le monde aime les poisson, nous crasons les mouches... Oui, voil, nous crasons les mouches... mais un chien... mme si petit,... a fait une certaine impression... Quest-ce que ctait ? Un petit batard, un petit basset ? Un loulou ?

JERRY : Un Danois

TOM : Quuuoooiiii ? Un Danois cest comme un veau ! Mains nues, tu as trangl un veau !

JERRY : Thomas...

TOM : Si tu as lintention de me dire que cest Dieu qui te la ordonn, arrte toi une minuteavant, parce que je ne sais plus qui jai devant moi.

JERRY : Moi non plus. Je ne sais plus qui tu as devant toi... Moi... Je crois que dans moi il y a unct obscure... quelque chose que moi-mme je ne gre pas. Voil, juste ce soir, dans la voiture sur la route de Cormeilles, dans le moment o je retournais aprs laccident et toutes les voitures me passaient a ct et je voyais leurs phares dabord dans le miroir rtroviseur central, aprs dans celui latral, pour les voir aprs sloigner de moi...

TOM : Ils te sonnaient, je sais, tu vas trop lentement, tu es un danger, je te le dis toujours...

JERRY : Non, le point est un autre. Cest que moi... je me suis senti... justement comme cemiroir.

TOM : Arr... Arrte-toi, ne dit rien, je ne veux pas savoir...

JERRY : Le miroir dune voiture.

TOM : Je ne veux pas le savoir ! Je ne veux pas le savoir. Jai accept que tu aie rendu boiteauxles chats, que tu aie excut les insectes, peut-tre aussi que tu aie donn leuthanasie aux chiens... Mais pas de vivre ensemble avec une qui se crot un bout de remplacement dune voiture ! Je ne veux pas le savoir !

JERRY : Ni beau, ni moche. Il est l, normal... Sinon quil a un angle mort...

TOM : (Il se laisse tomber sur une chaise)

JERRY : Chaque miroir de voiture a un angle mort. Tu sais le point du miroir avant duquel tu voistrs bien la voiture qui est derrire toi... et aprs lequel tu vois dj la voiture filer prs de la tienne ? En moi il y a une place comme celle-l. Un angle mort o je me perd...

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TOM : Et quest-ce-que tu fais ? (proccup)

JERRY : Je ne sais pas...

TOM : Oui, cest a, moi aussi parfois je ne me souviens pas de ce que jai fait le jour avant...

mais peut-tre avec le raisonnement... avec une petite aide...

JERRY : Tu veux savoir si je suis dangereuse ?

TOM : Pas pour te vexer... a nas rien voir... Juste pour savoir comment se comporter...

JERRY : Je ne sais pas.

TOM : Elle ne sait pas. (proccup)

JERRY : Ce qui se passe dans cet angle mort personne peut le savoir ; peut-tre que rien va sepasser, la voiture retourne dans la visuelle, elle te dpasse et sen va. Ou bien...

TOM : Ou bien ?

JERRY : Ou bien tu te rends pas compte quelle est l, tu es tranquille parce que tu sais dtreseul, et juste ce moment-l tu dcides toi-mme de dpasser le camion que tu as devant toi (dans un crescendo de tension). Tu ne mets mme pas la flche, tu changes de voie... Si il y avait une voiture tu laurais vue, une voiture nest pas invisible, elle nest pas un ectoplasme, ce nest pas un phantasme qui stationne, elle est grande... et grosse... elle est vite... elle est noire... et arrive dun coup, moi je ne peux pas voir qui conduit, elle est sur moi... Cest la moooorrrrttt !

TOM : Ahhhhhhhhhhhh !!!!!!

JERRY : (pause, elle change de ton) Est-ce que je tai fait peur ?

TOM : (Il prtend dtre surpris) Non !

JERRY : Je blaguais.

TOM : Moi aussi. Cest vident.

JERRY : Excuse-moi ; mais cest que la mort mimpressionne, et alors jessaie de trouver une voiepour exorciser...

TOM : Exorciser ? Mais va te faire foutre ! Va te faire foutre ! (fous) Va te faire foutreeee !!!(pause). Excuse-moi. Je faisais le visage de Toms Milin dans brigade anti-gangster (musique)

TOM VIEUX

TOM : Rien... Et puis un arc temporel est parti ou les deux esprits incarns aprs quils se sontattirs, ils se rejettent... oui, parce-que nous faisions que nous quereller !

TOM ET JERRY ADULTES

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JERRY : (comme pour continuer un discours commenc) Jy ai pens. Jai pens ce que tu asdit. a ne marche pas. a ne marchera jamais entre nous. Ecoute, laissons tomber, vraiment... On sest tromp, a t bien mais a ne marche pas. Tu sais quel est le problme ? Cest que on pense que lamour est toujours un mec aime une gamine et il est aim de retour...

TOM : Et alors ?

JERRY : Et alors, ce nest pas toujours comme a.

TOM : Ah non ? Et comment cest les autres fois ?

JERRY : Il ny a pas seulement un seul genre damour, Tommy. Il y aussi celui qui te fait sentirmal. En amour on souffre aussi.

TOM : Oui mais on souffre toujours dun seul ct, le mien, comment a se fait ?

JERRY : Ah, cest toi celui qui souffre ?

TOM : Oui cest moi ! Nous sommes deux, cest toi celle qui me quitte... cest logique que cestmoi qui me sent mal !

JERRY : Tu vois ? Tu es toujours le mme goste ! Mais tu te rends mme pas compte que je suis sous un train ?

TOM : Moi je suis le quitt et toi tu es sous un train ??? Tu y es pour tes raisons... Va faire lamachiniste la Gare du Nord ! Certainement pas cause de moi ! Elle est sous un train... Tu fait une rgression, une fois tu y dansais dessus !

JERRY : Tommy !

TOM : Je mappelle Thomas, pas Tommy, Thomas Blanc, le nom plus banal de France. Quest-cequil y a ? a te plaisais de jouer Tom et Jerry ? Seulement que jen ai marre de faire le chat bte qui se fait prendre pour con par une petite souris. Comme disait le professeur Garcia: deux lignes ayant un point en commun dterminent un plan et un plan seulement. Nous, lavons-nous ce point un commun ? Et surtout, quel est le plan ? Celui de faire John Travolta et Olivia Newton John toute la vie sur les trains ? Moi je voudrais une famille, Jerry. Je veux mpouser et faire au moins trois enfants . Je veux voir ton ventre grossir jour aprs jour, je veux voir ton corps qui change jusqu devenir une maman rglementaire avec les vergetures et cercles aux yeux. Encore mieux : tu sais ce que je te dis ? Je ne vois pas lheure de te rendre enceinte pour pouvoir acheter la station wagon ! Oui, oui, un articul pour y mettre dedans tous les poussettes, les canots et le sacs thermique du monde ! Je veux faire le camping sur la Moselle ! Quel horreur nest-ce pas ? Mais moi, a me plait. Jaime le barbecue ! Voil je lai dit. Jaime le barbecueeeee !

JERRY : Mais qui veux-tu tromper ? Tu nes pas comme a. Tu nes pas comme a.

TOMMY : Comme a comment ? Normal ? Eh bien, oui, je suis dune normalit irritante. Moijaime jouer la Tombla, ds quil y a le premier numro qui sort, il crie : Jai deux numros ! Je mamuse comme a !

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JERRY : Tommy

TOMMY : Ah, joubliais. Si jachte la station wagon, tous les samedi matins je lamne au lavageauto. Celui avec les rouleaux !

JERRY : (Il le regarde muette et incrdule) Quel con (elle sort).

TOMMY : (il reste quelque minutes en silence en fixant la porte) Tu dis moi ? Mais tu dis moi ? Tu dis moi ? Eh oui tu dis moi, il y a seulement moi... mais tu dis moi ? (elle rentre) Non, je faisais la tte de Robert de Niro dans Taxi Driver... Quand il se regarde au miroir... Il a des pistolets dans la main... et il dit... mais tu dis moi.

TOMMY VIEUX

TOM : Tu disais quil ny avait pas un seul type damour ! Jerry, jaurais d te le dire ce jour-l,que les genres damour disposition sont seulement deux. Le premier est comme une lame, celle que lon use pour se raser. On dirait quelle te caresse le visage, puis tu te regardes dans le miroir et tu sembles plus beau. Si ce nest pour la petite coupure sur le menton et pour cella l sous le nez. Mais ce nest pas grave. Il suffit un essuies et un aprs-rasage et le coupures passent. Mais deux coupures par jour, a fait 720 par ans. Jai fait le calcul, il suffit davoir la calculatrice. A 70 ans un homme qui aime vraiment, a sur son visage les consquences de 36000 coupures.... 3600

petites saturations dune vie pass devant le miroir de la salle de bains. Beaucoup se font pousser la barbe, pour ne pas souvrir les veines ! Puis il ya lautre genre damour qui est comme une bombe. Mais pas une bombe normale, une de ces mines qui semblent des jeux... des broches colores. Il les font comme a pour attirer les enfants. Il les laissent dans les prairies, briller sous le soleil, jusqu quand il y a un enfant qui arrive... Jerry, toi pour moi, tu as t comme cette mine.

TOM ET JERRY VIEUX (ils saffrontent, lun sur le ct de la scne, lautre sur le ct oppos)

JERRY : Salut

TOM : Salut

JERRY : Cest drle de te rencontrer la gare...

TOM : Tu dis ?

JERRY : Aprs tout ce temps... Les trains ont toujours jou un drle de rle dans notre vie, tu netrouves pas ?

TOM : Encore lhistoire des esprits qui sattirent et se repoussent ? Ceux qui partent et ceux quiarrivent... Toi, quest-ce que tu fais ici ? Tu pars ou tu retournes ?

JERRY : Je retourne.

TOM : Justement. Moi, par contre, je suis en train de partir. Et o tu as t ? Londres ? Paris ?

Tokyo ?

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JERRY : Nancy. Chez un spcialiste, un gourou...

TOM : Ecoute, a me ferais plaisir de rester ici et parler... Mais jai le train qui part...

JERRY : Mme le train qui part... Toutes les choses ont une date dexpiration : la salade, lessurgele... Le yogourt ! Celui cest le premier, jen achte des tonnes, et puis je dcide de les manger le jour aprs lexpiration... Seulement les biscuits nont pas de date dexpiration, ce sont les premiers qui finissent... et leur date est le 2020.

TOM : Ecoute, lhygine alimentaire ne mintresse pas... Cest que cest un TGV... ils sont prcis...

JERRY : Comment est-ce que possible quil y a un jour tabli, prcisment individu ou les chosesne sont plus bonnes ? Quest-ce quil font ? Tous le petits pois de la mme boite se mettent daccord pour netre plus bons au mme moment? Quest-ce quils disent : un, deux, trois expiration ?

TOM : (Il fait semblant de rigoler) Il y a mon train qui part...

JERRY : Pourtant lautre jour il me paraissait de comprendre quel tait le moment exacte o leschoses.... ffft ! Ne sont plus bonnes.

TOM : Fffft ?

JERRY : Ctait une salade trs belle, celles que nous clibataires aimons tellement... Un momentavant je la regardais, dj orne de sel, huile et vinaigrette ... jai tourn mon regard pour un instant la recherche du pain, quand du coin de loreille, je saisi une atmosphre suspecte dans lassiette...

TOM : Dans lassiette.

JERRY : Oui...

TOM : Du coin de loreille... pas de lil.

JERRY : Non...

TOM : Loreille aussi... cest important...

JERRY : Ffftttt !

TOM : Quest-ce que c est ?

JERRY : La salade !

TOM : La salade.

JERRY : Qui nest plus bonne.

TOM : La salade ?

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JERRY : Je regarde la date sur le sachet... consommer prfrablement avant le 15 octobre ! Ellentait plus bonne. Dans cet instant-l. Ctait celui-l linstant de lexpiration, Tommy (elle se mouche)

TOM : (Embarrass et avec un il sur le train) Ben, a va, moi aussi je deviens triste quand unepersonne chre meurt... De toute faon... mme si elle ne mourait pas toute seule... ctait toi qui laurait mang, non ?

JERRY : Ce nest pas pour cela. Cest que dsormais je saisi le moment ou les choses sont entrain dtre prim. Cest comme a que cette fois-l il me semblait davoir compris que notre amour tait en train d tre prim.

TOM : Cest le sifflet du chef de train...

JERRY : je me trompais...

TOM : Cest un TGV...

JERRY : Ctait toi qui avait raison, pas moi.

TOM : Il y a le supplment... Si je le perd ils ne me le remboursent pas...

JERRY : Et le professeur de mathmatique il avait raison aussi : deux droites qui sont sur unmme plan, et qui nont pas de points en commun, se disent parallles. Mais il est aussi vrai que si

deux droites sont parallles, chaque droite de leur plan qui rencontre une delle, rencontre aussi lautre.

TOM : Cheeeef ! Une seconde ! Quest-ce que tu veux dire ?

JERRY : Toi et moi nous sommes comme ces deux droites.

TOM : Je lai perdu. Jai perdu le train.

JERRY : Amne moi chez moi. Je ne me sens pas bien.

TOM ET JERRY VIEUX (Tom au tlphone)

TOM : Allo ? Est-ce quil y Marc ? Lingnieur Dupont ? Ah, il est dans une runion... vous nepouvais pas... ? Vous ne pouvais pas ! Vous, qui tes-vous ? La nouvelle secrtaire ? Faisez-moi un plaisir : quand la runion terminera... pouvait vous lui dire : ingnieur... Comment est-il possible que dans les dernires soixante annes, chaque fois que son ami Thomas a eu quelque chose dimportant vous dire... vous tiez ailleurs ?! Vous que vous avez la chance de le voir, pouvez-vous lui dire quaujourdhui nous avons finalement le verdict du docteur ... pour la maladie de Graldine. Oui, Graldine est ma femme. Comment est le verdict ? Pas bon, non, pas bon. Non, cest que il y a un peu de temps quelle a commenc trbucher, et puis faire tomber les assiettes. Le docteur a diagnostiqu une maladie avec un nom allemand. Cest un cas que toutes les pires maladies sappellent avec un nom allemand ? Selon moi on les appelles comme-ca de faon quelles font plus peur. Qui prendrait au srieux la maladie de Poireaux? Le docteur a parl de deux annes de vie au maximum. Une espce dexpiration, comme les petit pois, comme les

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biscuits... la salade. Bref, oui, ma femme est en train dexpirer. Oui... merci... Merci beaucoup. Bonsoir. ( Jerry) Quest-ce que tu fais ?

JERRY : Jai retrouv mes anciens journaux. Je lai tout relu pendant des heures. a a t commer-enrouler une bande magntique. La chose belle, quand tu es enfant est que si le monde ne te plais pas tu peux en inventer un autre qui fonctionne beaucoup mieux. Pour moi il a fonctionn pendant des annes. (pause) Cest maintenant quil ne marche plus.

TOM : (elle sapproche delle) Comment te sent-tu ?

JERRY : Mal, Tommy, mal. Je ne russis plus rien bouger. Tu la vois la main ? Tu te souviens dema main ? Je ne russis plus la soulever. Je suis fatigu, Tommy. Fatigu et vieille... et je ne sais plus si cest la mort ou cette espce de vie qui me fait plus peur. Tommy ?

TOM : Dis-moi.

JERRY : Pourquoi dans ces moment cest le corps qui conduit la tte ? Pourquoi.. ce ne serait pasplus juste si ctait la tte qui intervient pour arrter le corps au moment juste ?

TOM : Et quel serait ce moment si juste ?

JERRY : Cest le moment o tu te rends compte que le corps, avec tous ses expirations, est entrain de limiter ta capacit de projeter. Quelle est la dernire chose que nous avons projet, Tom ? Nous sommes prisonniers dun corps qui nous conditionne vivre au-del de notre instinct. Et ce nest pas juste.

TOM : Mais cest la vie.

JERRY : Vie ? Et quest- ce que cest ? Lanimation de la matire dont on est fait... ou la capacitde projeter, de dlibrer sur son propre sort ? Moi... Jai dlibr.

TOM : Jerry...

JERRY : Et je le fais pour rendre honneur la vie... Le mien cest un remerciement...

TOM : Mais quest-ce que tu dis ?

JERRY : Ma grand-mre avait raison. La vie est une parabole . Ctait si beau dtre la haut, ausommet... Sur le toit des paraboles... Sur le toit des trains... regarde-moi maintenant. Je suis la fin de la parabole. Et jai peur. Tu laurais cru ?

TOM : Non Jerry, tu ne dois pas avoir peur... La vie nest pas une parabole, tu avais raison : la vieest une droite, une succession infinie de points. Infinie. Nous ne connaissons que une part finie. Celle qui est dans une page de cahier, trente-cinq petits carreaux. Mais avant ? Quest-ce quelle faisait avant dentrer dans la page ? Et aprs ? Si la vie continue vaguer au-del de ma page comme une droite jusqu quand elle intercepte le cahier dun autre ? Si elle se rincarnait...

Comme tu disais... dans la feuille dun autre ? Avec une autre paisseur, une autre couleur... Ou bien si elle faisait un autre tour et allait rentrer dans le cahier de lautre ct ? Ca ne serait plus

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une droite, ca serait un cercle, mais le cercle aussi, a faon, est infini... a doit tre ainsi Jerry, ne tinquite pas, la vie, dans une faon ou une autre, est infinie. Nous ne connaissons seulement un petit trait de trente-cinq petits carreaux... Quand nous sortirons de la feuille nous en aurons la preuve : la vie, droite ou cercle quelle soit, ne finira jamais !

JERRY : Mais si je me trompais ? Et il ny aura aucun autre cahier qui nous attendra ?

TOM : Dans ce cas-l a veut dire que ctait moi qui avait raison. La mathmatique ne sert rien,putain !

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